16/05/2018

L’inflation, une affaire d’âge ?

La persistance, depuis les années 80, d’un taux d’inflation très faible a conduit bon nombre d’économistes à s’interroger sur les raisons d’un aussi étrange phénomène. Car on aurait pu s’attendre à ce que les périodes de haute conjoncture et de plein emploi, de même que les phases de création monétaire excessive telles que celle que nous connaissons à l’heure actuelle, s’accompagnent comme autrefois de poussées inflationnistes. Or, il n’en a rien été. Non seulement les prix sont demeurés remarquablement stables, mais encore les taux d’intérêt, quasi nuls jusqu’à tout récemment, ont longtemps témoigné de l’absence d’anticipations inflationnistes.

Deux chercheurs du département monétaire et économique de la Banque des règlements internationaux (BRI) viennent de publier une étude sur ce qu’ils ont appelé le «lien durable entre démographie et inflation»*.https://www.imf.org/en/Publications/WP/Issues/2016/12/31/...


Collectant une multitude de données sur la structure d’âge, l’inflation, les variables monétaires et les taux réels concernant une vingtaine de pays avancés sur une très longue durée (de 1870 à 2016 !), ils sont parvenus à mettre en évidence une relation systématique entre l’évolution démographique et celle du niveau général des prix.

Il apparaît ainsi qu’une augmentation de la proportion de population dépendante va généralement de pair avec une inflation plus élevée, et qu’un accroissement de la population en âge de travailler produit l’effet inverse. La relation se vérifie plus ou moins étroitement selon les pays, mais elle est systématiquement présente. On la retrouve aussi bien en Suisse ou en Autriche qu’en Corée ou en Nouvelle Zélande. Et elle se confirme également partout pour la période la plus récente, apportant un début de réponse au mystère (conundrum) de l’absence d’inflation qui intriguait tant l’an dernier les membres du comité d’open market de la Réserve fédérale américaine.Des études précédentes avaient abouti à des résultats analogues.

Dans un «working paper» de 2014, des économistes du FMI avaient ainsi remarqué qu’une augmentation de la part des personnes âgées de plus de 65 ans s’était accompagnée entre 1960 et 2013 d’une baisse de l’inflation dans une trentaine de pays de l’OCDE. Deux autres de leurs collègues avaient quelques années auparavant constaté, en faisant «tourner» un modèle d’équilibre multi-régions utilisé par ce même FMI en différentes circonstances, que le vieillissement démographique était de nature à réduire l’inflation.

Ces résultats, confirmés par toutes sortes de vérifications empiriques et de simulations économétriques, n’intéressent pas seulement les experts en chambre. Ils peuvent aussi présenter un grand intérêt pour les responsables de la politique économique et monétaire. En effet, les évolutions démographiques étant particulièrement stables et donc prévisibles, les relations mises en évidence par les chercheurs de la BRI les autorisent à pronostiquer que le vieillissement en cours dans nos économies s’accompagnera dans les décennies à venir d’un accroissement des pressions inflationnistes. Etant donné qu’il vaut mieux prévenir que guérir, les banques centrales pourront ainsi préparer le terrain à un relèvement des taux d’intérêt, au lieu comme c’est trop souvent le cas de resserrer le crédit sans crier gare.

 

06:11 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.