25/04/2018

Où le multilatéralisme sauve sa peau

Le système économique et monétaire multilatéral mis en place au sortir de la Deuxième Guerre mondiale et que Donald Trump menaçait de démolir à coups de tweets rageurs est peut-être en train de sauver sa peau. Telle est, en tout cas, l’impression qui se dégage des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale qui se sont tenues le week-end passé à Washington. On pouvait craindre que les Etats-Unis, puissance victorieuse et initiatrice en 1944 des institutions de Bretton Woods, enfoncent un coin supplémentaire dans un dispositif déjà mis à mal par un président instinctivement porté à placer les échanges internationaux sur le terrain des seuls rapports de force. Au lieu de cela, le secrétaire du Trésor Steven Mnuchin a prononcé à Washington des discours plutôt nuancés, dont il ressort que les Etats-Unis entendent certes imposer leur vision d’un commerce international plus «libre et équitable» (free, fair, and reciprocal) mais continueront de participer, à leur pleine mesure de premier contributeur, au financement et à la recapitalisation des deux institutions.


Il y a sans doute encore loin de la paroles aux actes, mais l’étape est importante. Non seulement l’administration américaine ne s’éloigne pas davantage de ces deux piliers du multilatéralisme tout comme elle pourrait en définitive surseoir à sa menace de blocage des procédures de règlement des différends au sein de l’OMC, mais encore elle semble adopter peu à peu un ton plus conciliant sur les sujets qui la fâchent, comme en témoigne sa volonté de négocier directement avec la Chine.

Bien que ténus et sujets comme tant d’autres à d’imprévisibles revirements, ces signes de désescalade sont probablement le résultat d’une analyse complète de situation. Primo, il apparaît de plus en plus évident que les taxes douanières punitives sur l’acier et l’aluminium annoncées le mois dernier ne seront d’aucun secours pour l’emploi dans la sidérurgie américaine, qui n’a cessé de diminuer depuis des années pour toutes sortes de raisons qui n’ont que peu à voir avec la concurrence étrangère. Ensuite on réalise, aux Etats-Unis comme ailleurs, que les activités manufacturières sont aujourd’hui à ce point imbriquées dans des chaînes de valeur internationales que toute mesure destinée à protéger un secteur donné ne contribue en réalité qu’à le pénaliser en retour. Cet effet boomerang est particulièrement marqué pour l’économie américaine, qui dépend de multiples façons d’une sous-traitance extérieure parfois masquée par l’identité américaine du dernier maillon de la chaîne.

Enfin et pour revenir aux institutions de Bretton Woods, il semble bien, comme le suggèrent certains analystes, que les Etats-Unis aient considéré que, plutôt que de s’en distancier, il valait mieux les utiliser comme instruments de pression pour faire valoir leurs propres intérêts puisque, encore une fois, la contribution américaine aux finances tant du FMI que de la Banque mondiale (avec des droits de vote de 16,5% et 15,8% respectivement) demeure écrasante. Et elle le restera longtemps, quelles que soient les futures répartitions des droits de vote au sein des deux assemblées.

07:00 Publié dans Air du temps, Banques centrales, Etats-Unis, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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