05/04/2018

La Monnaie pleine a déjà ses gardiens du temple…

Je me suis fait rappeler à l’ordre la semaine dernière pour avoir écrit dans ces colonnes qu’en cas d’acceptation de l’initiative Monnaie pleine, les clients des banques pourraient choisir entre elles et la banque centrale pour déposer leurs avoirs. Le raccourci était un peu malheureux, j’en conviens. Aussi, je m’explique.

Il n’est bien entendu pas (encore) question que chacun puisse ouvrir un compte à la Banque nationale. En revanche, une monnaie qui soit «pleine» signifierait que les crédits bancaires devraient être couverts en totalité par de l’argent créé par la banque centrale, et seulement par elle. D’ailleurs, l’intitulé «monnaie pleine» dérive du 100% money proposé par Irving Fisher en 1935, qui voyait dans l’abandon du système de réserves fractionnaires le moyen d’éviter la répétition de krachs tels que celui de 1929.


En d’autres termes, la masse monétaire serait dorénavant exclusivement constituée de monnaie de banque centrale, et non plus de créances sur les banques, comme le sont aujourd’hui les dépôts bancaires, nés pour l’essentiel de l’octroi de crédits par les banques (selon la formule bien connue «les crédits font les dépôts») . Pour que les dépôts soient protégés contre les risques de faillite, les banques devraient les tenir en dehors de leurs bilans, et ce n’est que dans la mesure où les déposants seraient d’accord de les leur prêter à leurs risques et périls que les banques pourraient y avoir recours pour financer leurs crédits. Il n’était donc pas tout à fait faux d’écrire que les déposants auraient le choix entre les banques et la banque centrale.

Il y aurait ainsi bel et bien deux sortes de banques, ou du moins deux fonctions bancaires clairement séparées, l’une consistant à administrer des comptes courants protégés par définition contre tout risque d’insolvabilité, l’autre poursuivant les activités traditionnelles d’intermédiation bancaire entre épargne et investissement. En ce sens, les détenteurs de comptes bancaires servant au trafic des paiements ne courraient aucun risque, à la différence des épargnants à la recherche de rendement, qui placeraient leurs liquidités dans les divers produits proposés par les banques sur l’échelle des profils de risque et de rendement.

La question de savoir si le passage à la «monnaie pleine» empêcherait effectivement la survenance de crises bancaires est largement débattue. Pour ses partisans, c’est l’alternance inopinée de création de monnaie (par l’octroi de crédits) et sa destruction (du fait de leur remboursement, ou par suite de vagues de retraits) qui déstabilise l’économie. Réserver cette création à la banque centrale serait donc un gage de solidité et de sécurité. Les adversaires, au contraire, font valoir que la Banque nationale n’est pas équipée pour faire face à une telle tâche, et serait soumise aux pressions de la politique et des lobbies les plus divers. Impossible, en l’absence d’exemples vécus, de trancher définitivement. D’autant qu’il est difficile d’imaginer quels effets collatéraux (sur le taux de change notamment) pourrait avoir l’adoption, par la seule Suisse, d’un régime appliqué nulle part ailleurs.

07:57 Publié dans Banques centrales, Croissance, Démocratie, Monnaie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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