21/02/2018

Le jour où tout a changé

Retenons la date. C’est le 11 janvier que, pour la dernière fois, le rendement des obligations de la Confédération a affiché une valeur négative : -0,051%[1]. Depuis lors et sauf une unique exception (le 17 janvier), ce taux est redevenu positif, et a régulièrement augmenté pour atteindre, vendredi dernier, la cote de 0,205%. On conviendra que ce ne sont pas là des valeurs extraordinairement élevées, et qu’il est sans doute encore loin le jour où ce taux de référence rejoindra son niveau moyen des années d’avant la crise financière, soit quelque 3%.


N’empêche que le fait est là. La tendance a tourné, et la remontée des taux d’intérêt va impliquer une série de conséquences plus ou moins agréables qu’il vaut la peine d’analyser.

Mais tout d’abord, notons les causes du phénomène. Les taux à long terme, que résume assez bien le rendement des obligations fédérales, traduisent fondamentalement le niveau futur d’inflation auquel s’attendent les marchés. Or si les prix sont aujourd’hui encore assez stables dans notre pays (l’indice suisse des prix à la consommation n’a progressé que de 0,7% sur 12 mois), ils se sont mis insensiblement à monter tout au long de l’année écoulée, et pointent  clairement vers une hausse annuelle que la Banque nationale suisse prévoit à 2% d’ici 2020. C’est donc en bonne logique que les taux à long terme vont peu à peu se caler sur des niveaux proches de cette valeur, voire davantage si l’inflation devait s’accélérer et amener la banque centrale à resserrer davantage sa politique monétaire.

A l’extérieur de nos frontières, le phénomène est diversement marqué. Aux Etats-Unis où la reprise conjoncturelle s’est manifestée beaucoup plus tôt qu’ici, le redémarrage de l’inflation a surpris par son ampleur, et provoqué une remontée rapide du rendement des obligations du Trésor, qui a pratiquement doublé en moins de deux ans et retrouvé son niveau de fin 2014. En Europe, la situation est contrastée, la remontée des taux, plutôt lente, étant davantage marquée dans les pays en forte reprise conjoncturelle (Allemagne, Espagne) que dans ceux (Italie, Grèce) qui peinent encore à se remettre de la crise.

Cahin-caha, le monde s’achemine donc vers un retour à une certaine normalité, faite d’inflation et de taux d’intérêt plus ou moins coordonnés. Avec les conséquences suivantes : une «répression financière» qui change de camp, revenant des débiteurs aux créanciers ; un envol du service de la dette publique, qu’avaient masqué les taux faibles ou nuls ; une chute des valeurs actuelles orchestrée par la hausse du taux d’escompte, bonne pour le passif des caisses de pensions, mais fatale pour leurs actifs ; un retour, mais seulement passager, des illusions monétaires, qui trompent les épargnants et les salariés sur la vraie nature de la hausse de leurs rémunérations nominales. Ensuite de quoi on retrouvera – dans 10 ans ? dans 20 ans ? – le rythme habituel d’alternance entre inflation et chômage.

A moins que dans l’intervalle les chiffres vertigineux de la dette publique américaine, qui augmente chaque jour de 4’000 milliards de dollars, ne fassent tourner la tête des marchés des devises et ne précipitent les monnaies, entraînées par un dollar en chute libre, dans une nouvelle guerre des changes aux effets encore plus dévastateurs…

 

[1] Taux d'intérêt au comptant pour une durée résiduelle de 10 ans

07:21 Publié dans Banques centrales, Croissance, gouvernance, Inflation/déflation, Prix | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Tout ce que je sais, c'est que les USA vont encore monter les taux, le reste et surtout sur ce qu'il se passe en Suisse, c'est impossible de l'expliquer !


Par contre, vous écrivez :

"qui augmente chaque jour de 4’000 milliards de dollars" ????

Y a comme des zéros en trop !

Écrit par : Corto | 21/02/2018

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