14/02/2018

Des explications en veux-tu en voilà à la chute boursière

Entre la mi-janvier et le début février, le choc a été sévère. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les cours des actions ont chuté d’autant qu’ils avaient monté au cours des douze mois écoulés. Aussi s’est-on attelé à en rechercher les causes, qui auraient permis de prévoir l’événement, si on les avait trouvées avant qu’il ne se produise. Mais voilà, lorsque l’euphorie s’est emparée de l’ensemble des acteurs, du plus petit investisseur aux géants de l’institutionnel, on n’a rien voulu entendre, alors que tout était pourtant sur la table.


Il y a d’abord les causes mécaniques. Les titres, comme les biens immobiliers, les dettes et autres engagements à payer, peuvent être estimés à la valeur actuelle des flux futurs qu’ils généreront. Ce sont les dividendes pour les actions, les rentes à payer pour les fonds de pensions, et ainsi de suite. Or le propre du mécanisme est de faire grossir les valeurs actuelles lorsque le taux d’actualisation est bas (ce qui s’est passé, pour les biens immobiliers aussi bien que pour les actions, durant la longue période de taux d’intérêt quasi nuls que l’on vient de connaître), et inversement de les amaigrir lorsque les taux remontent. Si la mécanique suffisait à tout expliquer, on en déduirait qu’aussi longtemps que les conditions monétaires se resserreront, les Bourses continueront à baisser, et les valeurs immobilières à chuter.

Mais la mécanique n’est pas tout. Il y a aussi le comportement grégaire des marchés, et la propension immodérée des participants à la fête à traquer la moindre occasion de profit. D’où le foisonnement de nouveaux paris offerts aux spéculateurs, des plus classiques (warrants et autres options) aux formes mathématiquement les plus complexes que concocte l’ingénierie financière actuelle. Alliées à l’effet de levier autorisé par les bailleurs de crédit, la démultiplication des chances de gain ou de perte a désormais atteint de telles proportions que l’ensemble du système financier se trouve exposé à d’importants risques de déstabilisation. Certains analystes vont jusque à attribuer les derniers plongeons boursiers au soudain retournement d’un indice de volatilité à la mode, le VIX, sur la base duquel étaient construits des produits financiers proposés à la vente par quelques grands établissements bancaires, dont Credit Suisse.

Ces jeux sont certes à somme nulle (moins, bien sûr, la commission de l’émetteur), puisque le haussier gagne ce que le baissier perd et réciproquement. Mais si le perdant s’est endetté jusqu’au cou pour parier et ne peut rembourser ce que la banque ou le trader lui a prêté, c’est la fragilité qui en résulte pour ce dernier qui menace tout le système, de la même manière que, sur le marché immobilier américain en 2007, c’est l’insolvabilité de leurs débiteurs qui avait conduit les fournisseurs de crédits hypothécaires «subprime» à la ruine.

Les régulateurs ont appris de la crise, et forcé les banques à épaissir leurs matelas de fonds propres. Pour autant, rien n’indique que le report des pertes sur les seuls propriétaires et créanciers des établissements menacés de défaut, en lieu et place des contribuables jusqu’ici appelés à la rescousse par plans de sauvetage interposés, suffise à éloigner le spectre d’un nouvel ébranlement systémique. L’histoire, surtout si elle est financière, ne se répète jamais.

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