24/01/2018

Le refus irréfléchi de l’ouverture

A l’instar d’autres ressorts populistes, le bâton sauteur de l’UDC rebondit régulièrement sur les craintes suscitées par la mondialisation. Quoi de plus payant en effet, électoralement parlant, que de dénoncer les atteintes à la souveraineté nationale et au bien-être des habitants, ou encore de démontrer chiffres à l’appui combien l’emploi se trouve menacé par une concurrence déloyale venue d’ailleurs, tous désagréments qu’il faut bien entendu attribuer à l’ouverture des frontières !


Les inquiétudes diffuses qui amènent une fraction croissante des opinions publiques à basculer vers les extrêmes de gauche ou de droite sont en partie fondées. Car comment nier que l’immigration, quand elle devient massive ou du moins est ressentie comme telle, favorise la concentration urbaine, réduit la mobilité, raréfie le logement disponible ? Ce sont là les effets collatéraux d’un afflux de migrants induit par une croissance économique qui découle elle-même, jusqu’à un certain degré, de l’ouverture des frontières, mais qui est en réalité bien davantage stimulée par les hauts de la conjoncture.

A preuve que, lorsque se produisent des bas, l’immigration fléchit dans la foulée : il suffit que le rythme de progression du produit intérieur brut se mette à reculer pour que l’afflux de population ralentisse à son tour, ainsi qu’on a pu le constater ces quatre dernières années dans notre pays. Du coup, le marché du logement s’est détendu, laissant même présager une baisse tendancielle des loyers, comme l’indique une récente étude d’UBS.

La non croissance en tant que moyen de stabiliser la démographie est une vision chimérique. Certains, dans les années 80, dénonçaient la perspective d’une Genève de 800'000 habitants et freinaient des quatre fers pour empêcher la réalisation de tout ce qui à leurs yeux risquait d’y conduire, à commencer par une autoroute de contournement et de nouveaux logements.

Or non seulement il n’y avait aucune chance que cette Genève-là existe un jour (sauf à considérer un Grand Genève, ce que les opposants de l’époque n’avaient sûrement pas en tête), mais la simple césure de la décennie suivante (le début des années 90) a montré qu’un arrêt momentané de la croissance suffisait à faire exploser le chômage, chuter le marché immobilier, ruiner la banque cantonale et plonger les finances publiques dans des déficits dont elles ne parviennent d’ailleurs toujours pas à s’extraire.

Incontournable donc, la croissance n’exonère nullement les dirigeants politiques de toute responsabilité. Le fait est qu’on a négligé d’accompagner l’ouverture à l’immigration non seulement de mesures destinées à lutter contre la sous-enchère salariale ou ce qui est tenu pour telle, mais aussi et surtout d’investissements massifs, décidés en temps et en heure, dans des infrastructures qui font aujourd’hui cruellement défaut. Si à l’époque, au lieu de se braquer au DTP (le DALE de l’époque) contre toute nouvelle construction, on avait donné le feu vert aux divers projets qui n’attendaient qu’à sortir des cartons, on aurait largement contribué à retenir la population active dans l’espace cantonal, au lieu qu’elle aille grossir le flot quotidien de pendulaires qui en engorgent désormais les artères. Et on aurait du même coup empêché qu’un mécontentement croissant fasse le lit de partis populistes locaux, trop heureux de saisir une aussi belle occasion.

 

07:54 Publié dans Chômage, Croissance, Démocratie, suisse | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Or non seulement il n’y avait aucune chance que cette Genève-là existe un jour (sauf à considérer un Grand Genève, ce que les opposants de l’époque n’avaient sûrement pas en tête)"
Elle existe déjà bel et bien:
population résidante: 500.000
population pendulaire: 100.000
+ population du bassin genevois: 200.000

"Incontournable donc, la croissance "
Aucune croissnce ne peut être infinie. Un jour ou l'autre il y aura un retour de bâton. D'autant plus violent que la population sera plus nombreuse. Un jour ou l'autre il faudra volens nolens revoir le système. Mais c'est connu plus il y a de fous, plus on rit. Jaune.

"plonger les finances publiques dans des déficits"
Pratiquement toutes les économies occidentales sont dans le rouge. Quel est le problème? L'argent n'est-il pas virtuel? Il n'est plus gagé que sur du vent. Les bulles continuent à gonfler...

"contre toute nouvelle construction, on avait donné le feu vert aux divers projets qui n’attendaient qu’à sortir des cartons"
On attendra longtemps des projets immobiliers à Cologny, Vandoeuvres, Genthod, notamment au bord du lac... Et quand on aura bétonné tout le canton, on fera quoi? Des tours de 100 étages? Fuite en avant... De plus haut sera la chute. Mais bon vous ne serez plus là pour y assister.

Écrit par : Daniel | 24/01/2018

Les craintes ne sont pas infondées et l'on observe que les moins fortunés sont ceux qui redoutent plus particulièrement et non sans raisons fondées, elles aussi, cette mondialisation que l'on dit cynique, cruelle.sauvage ne visant que le profit des uns indifférente aux autres: riches entre riches et pour riches... ne croyez-vous pas que tous les partis veillent aux fins électoralistes non l'UDC, uniquement?

Écrit par : Myriam Belakowski | 24/01/2018

"A l’instar d’autres ressorts populistes, ..."

Ce que les pontifes du mondialisme, nouveau totalitarisme, discréditent sous la figure de Trump, de Victor Orban, de l'UDC et sous le nom de populisme, c’est le gouvernement par le peuple et pour le peuple – la démocratie.

Écrit par : Alain B. | 25/01/2018

A vous lire je suppose que vous allez voter pour NO BILLAG, sinon ce serait "Un refus irréfléchi de l’ouverture". N'est-ce pas M. Stepczynski?

Écrit par : Nadine M. | 26/01/2018

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