17/01/2018

Le franc rapporte gros. A la BNS

Les circonstances font que la Banque nationale suisse est devenue le principal gérant d’actifs du pays et qu’elle s’en sort plutôt bien. L’an dernier en effet, elle a réalisé une performance nette de 54 milliards de francs sur un portefeuille – monté jusqu’à 784 milliards à fin novembre 2017 – d’avoirs placés «passivement» (dure leçon, soit dit au passage, pour les gérants dits «actifs»). Tant mieux pour les pouvoirs publics fédéraux et cantonaux qui, du fait des conventions de distribution passées entre elle et eux, se partageront 2 milliards. Pour autant la question de fond demeure: la BNS s’occupe-t-elle de politique monétaire, ou gère-t-elle la richesse financière nationale ? Un peu des deux, dira-t-on, mais «à la retirette», puisque, si elle se consacrait pleinement à la première de ces fonctions, elle n’aurait pas dû abandonner le taux plancher, et si c’est la seconde qui prend désormais le dessus, elle pourrait distribuer bien davantage que 4% de son bénéfice.


Un peu des deux, cela signifie qu’en réalité la BNS n’a pas protégé le franc aussi bien et durablement qu’elle en aurait eu les moyens, et qu’elle sèvre le pays de l’essentiel du produit des placements de devises auquel il aurait logiquement droit, puisque cette manne résulte in fine du travail de tous, entreprises et salariés compris.

A posteriori, on est certes toujours plus intelligent, et il est vrai qu’au moment de l’abandon du cours plancher, il y a tout juste deux ans, on avait quelques bons motifs de douter que la BNS puisse maintenir un taux de change donné sans provoquer du même coup un afflux totalement déraisonnable de capitaux. La suite a cependant montré qu’une défense plus flexible du franc n’a pas empêché pareil afflux de se manifester, et que le retour à un taux de change aujourd’hui assez proche du cours plancher tel que fixé à l’origine (septembre 2011) s’est soldé en définitive par un gonflement du bilan de la banque centrale tout aussi impressionnant, peut-on arguer, que celui qui se serait produit si le cours plancher avait été maintenu. Sans compter que, primo, il a fallu pour parvenir à ce résultat instaurer un taux d’intérêt négatif sur les avoirs en comptes de virement qui par ricochet a fait passablement de dégâts dans la sphère bancaire, et que, deuxio, l’affaiblissement récent du franc doit sans doute moins à une politique monétaire avisée que, tout simplement, au retour de la confiance dans l’euro.

La théorie enseigne bien qu’il n’est pas possible à la fois de maintenir un taux de change fixe et de conduire une politique monétaire autonome. C’est l’un ou l’autre. Et c’est précisément en raison de cette irréconciliabilité que notre banque centrale, farouchement attachée à l’indépendance que lui garantissent les textes et un large soutien politique, a – à quelques rares et brèves parenthèses – toujours penché pour le second terme de l’alternative, et on l’en a toujours félicitée. Mais une fois cela dit, on passe aussi sous silence le fait que cette indépendance se paie cher sur un plan économique plus général : la tendance chronique à l’appréciation du franc pèse sans aucun doute sur la compétitivité, et l’affaiblissement assez préoccupant des gains de productivité propre à la Suisse – en tout cas plus marqué chez elle que dans la plupart des autres économies développées – en est probablement la conséquence. Or, faut-il le répéter, le pays a besoin de croissance pour relever les nombreux défis qui l’attendent.

08:53 Publié dans Banques centrales, Démocratie, Dette, Europe, Monnaie, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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