10/01/2018

Logement, santé; haro sur l’îlot de cherté

Les deux postes de dépenses qui pèsent le plus lourdement dans le budget des ménages helvétiques sont, comme chacun sait, les coûts du logement et les frais médicaux. Or quels sont les deux postes de dépenses pour lesquels les niveaux de prix pratiqués en Suisse dépassent le plus nettement ceux que l’on peut noter dans les pays qui l’entourent ? Les coûts du logement et les frais médicaux… Il y a donc, manifestement, quelque chose qui ne tourne pas rond dans le fonctionnement de notre économie. Et cette chose s’appelle concurrence, ou plus exactement manque de concurrence.


Dans ses rapports successifs sur l’économie suisse, l’OCDE pointe invariablement du doigt l’insuffisante ouverture du marché domestique, le trop-plein de réglementations publiques, notamment cantonales, qui constituent autant de freins à l’entrée de nouveaux compétiteurs, et l’excessive segmentation de l’espace intérieur dont le résultat est une taille moyenne des entreprises bien plus faible que celle qu’on observe dans des économies de dimensions comparables.

Bref la Suisse, pays prospère mais un brin frileux et replié sur lui-même, n’a pas besoin de chercher ailleurs les raisons d’une productivité déclinante: c’est à un entrelacs compliqué de prescriptions publiques, de protections juridiques et de pratiques cartellaires qu’il doit son faible taux de croissance, un niveau de vie certes élevé mais stagnant, et une cherté des prix qui réduit considérablement le pouvoir d’achat.

Le constat n’est pas neuf, loin s’en faut. Dans une étude qui remonte à une soixantaine d’années, la Commission d’étude des prix du Département fédéral de l’économie publique de l’époque, en quelque sorte l’ancêtre de l’actuelle Commission de la concurrence, rappelait qu’elle avait été instituée trente ans plus tôt, à titre d’essai, «parce que la baisse des prix de détail et du coût de la vie était insuffisante par rapport à celle des prix de gros. On supposait que cet état de choses tenait […] à l’existence d’accords et de conventions en matière de prix». Il n’y a pas grand-chose à modifier dans ces préoccupations qui avaient abouti, en 1924 déjà, au dépôt d’une motion parlementaire sur le sujet, mais qui mettront une bonne quarantaine d’années à se traduire dans les faits par l’entrée en vigueur de la première loi sur les cartels et la mise sur pied d’une commission fédérale chargée de l’appliquer. Et ce n’est que tout dernièrement que l’actuel Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) a déposé son volumineux rapport sur «la facilitation des importations pour lutter contre l’îlot de cherté».

C’est dire à quel point les résistances dans ce pays sont nombreuses, dès lors qu’il s’agit de toucher à l’ordre établi et en particulier aux arrangements de toutes sortes qui évacuent la concurrence. Ironie de l’histoire: c’est le même grand patronat, catégoriquement opposé durant les premières décennies du 20e siècle à toute idée de lutte contre les cartels, qui en est désormais le plus fervent promoteur, et ce sont les syndicats, co-initiateurs de la première législation sur les cartels au nom de l’ouverture des marchés à la concurrence, qui formulent aujourd’hui les plus sérieuses réserves à l’endroit de la libre circulation du travail et du capital…

07:41 Publié dans Concurrence, Prix, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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