04/01/2018

Le monde va mieux, au décile près 

Le monde va mieux. Tout l’indique, tout le monde le dit. Et pour faire bon poids, le cycle conjoncturel est cette fois-ci synchrone : toutes les parties du monde, y compris celles d’ordinaire en retard, participent à la fête. Aussi, les conjoncturistes patentés font-ils assaut de certitudes dans leurs tabelles et rivalisent de précision au décile près. En octobre, le FMI avait relevé de 0,1 point ses prévisions de croissance pour 2018 ; il procédera sans doute derechef à l’occasion de son habituelle «mise à jour des perspectives de l’économie mondiale» de la mi-janvier prochaine. Dans ses «perspectives économiques principales » de novembre, l’OCDE alignait les siennes sur celles du Fonds : l’élévation du PIB réel mondial sera pour elle comme pour lui de 3,7% cette année. Même la zone euro réitérera à peu de choses près sa performance de 2017, avec une croissance de nouveau supérieure à 2% – de 2,1% très exactement.


Dans ces conditions, nos conjoncturistes nationaux s’enhardissent à prévoir pour l’économie suisse un taux de croissance tout ce qu’il y a de plus honorable. Le Groupe d’experts de la Confédération pour les prévisions conjoncturelles, qui le voyait à 2,0% en septembre, l’a carrément relevé à 2,3% en décembre. Le KOF parvient exactement au même résultat mais partait de plus haut (2,2% en octobre). Le Créa, Institut de macroéconomie appliquée de l’Unil, est pour sa part un peu moins optimiste : sa prévision de croissance réelle pour 2018, calculée le 17 novembre dernier, n’est que de 1,5%. C’est semble-t-il que les exportations de marchandises, composante non négligeable de la demande totale, ne progresseraient pas aussi vite que ne le prévoit l’institut zurichois : +2,8%, contre +6,9%. Le commentaire lausannois explique la différence : le franc s’est affaibli et la zone euro va mieux, «mais toutes les entreprises exportatrices, en particulier les PME, n'en ressentent pas encore les effets bénéfiques».

La Banque cantonale de Genève ne s’embarrasse pas de pareilles précautions. Selon elle le PIB suisse va progresser de 1,8% exactement, et le genevois passer même de 1,1% l’an dernier à 1,9% en 2018. Qu’est-ce qui autorise la BCGE à faire preuve de pareille assurance ? Mystère. On doute cependant que les équipes de l’institution bancaire locale disposent à l’interne d’un instrumentarium aussi développé que celui sur lequel s’appuyent les laboratoires universitaires précités. Même la BCV, pourtant mieux fournie en ressources de tous ordres que sa voisine du bout du lac, ne s’aventure pas à émettre pour le PIB vaudois une prévision issue de sa propre cuisine: c’est celle du Créa qu’elle se contente de publier. Selon lequel le PIB vaudois devrait augmenter de 2,1% en 2018.

Bref, à quelques décimales près la croissance helvétique devrait épouser la forme générale de la croissance de nos voisins, un peu plus forte que la moyenne au nord, un peu moins forte au sud, ce qui suffira comme partout à améliorer le sort général des branches et des effectifs, sans menacer encore d’inflation les grands équilibres, tant l’on se trouve, ici comme ailleurs, encore loin des niveaux potentiels de production et de revenu, c’est-à-dire de ceux qui auraient été atteints si la crise de 2007 n’avait pas eu lieu. Mais on ne va pas bouder son plaisir : ce qui compte, c’est que les perspectives s’annoncent plus souriantes qu’elles ne l’ont été ces dernières années. Vive 2018 donc !

07:40 Publié dans Air du temps, Banques centrales, Croissance, suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Souriez, les statistiques macro-économiques vous observent...

Écrit par : JJ | 04/01/2018

Les commentaires sont fermés.