27/12/2017

Le côté obscur de la dette

Lorsqu’un projet local – disons, au hasard, un stade ou de grandes fêtes populaires – finit par coûter deux fois plus cher que prévu, les initiateurs du projet se renvoient mutuellement la balle en jurant que la responsabilité des dépassements ne saurait leur incomber. Lorsqu’en revanche il manque durablement une grosse dizaine de milliards au bilan financier d’une collectivité cantonale par suite de l’accumulation, des années durant, d’importants déficits, il ne se passe rien ou si peu. Les gouvernements qui se sont succédé à la tête des finances ont à chaque fois invoqué l’impuissance d’un exécutif pris entre la gauche et la droite et parfois même le centre pour justifier le retour à quelques détails près aux mêmes impasses budgétaires. Et les majorités parlementaires successives et parfois alternatives qui ont voté recettes et dépenses ont à chaque fois débattu longuement, mais presque toujours fini par opiner. Rares en tout état de cause ont été les cas où l’exercice suivant a dû démarrer sans budget.


Comment expliquer pareille différence de traitement entre le courroux déclenché par le surcoût d’un équipement collectif ou d’une manifestation, qui n’est certes pas une paille, et la poutre d’un endettement cumulé qui, pour sa seule partie visible, représente plus de 25’000 francs par habitant? La réponse est simple: les créanciers de l’Etat en cause ne sont pas là pour se défendre, soit qu’ils ne sont pas pressés de le faire ou ne sont même pas encore nés, soit qu’ils ignorent tout de leurs droits. Enfin, il y a plus généralement  la croyance faussement entretenue dans l’immortalité du débiteur public, qui permettrait à ce dernier de se refaire une santé financière en relevant les impôts lorsque cela serait devenu nécessaire.

Par créanciers de l’Etat, il faut comprendre ici les générations qui, demain, réclameront les mêmes prestations que celles allouées à crédit aux générations actuelles. Or non seulement les générations futures, loin de bénéficier des mêmes avantages que celles d’aujourd’hui, seront appelées au contraire à supporter le poids d’une dette publique écrasante, mais encore elles auront à prendre en charge la partie obscure des engagements futurs de l’Etat, par quoi il faut entendre toutes les obligations qui lui incomberont demain, à commencer par le financement des retraites des fonctionnaires (les caisses publiques demeurent en situation de sous-couverture), les dépenses obligatoires (parce que fixées par la loi ou une instance supérieure) et toutes les charges qui découlent des fonctions régaliennes de l’Etat, de la politique sociale à l’éducation en passant par la santé publique ou la protection de l’environnement. Dans tous ces domaines-là, il est en effet acquis que les tendances lourdes qui se dessinent aujourd’hui – le vieillissement démographique, les changements climatiques, les progrès de la médecine – n’iront que s’accentuant à l’avenir, et pèseront encore davantage dans les comptes publics.

S’ils prenaient le temps de réfléchir  aux conséquences financières de l’immobilisme dont la génération actuelle se rend coupable, les tenants du statu quo exhorteraient nos dirigeants à élaborer sans plus attendre, non pas des programmes d’action quadriennaux ou quinquennaux, mais des stratégies à vingt ou trente ans. Car, plus tôt les virages seront pris, moins les révisions seront déchirantes. Mais allez convaincre de cela des décideurs dont l’horizon temporel s’arrête aux prochaines élections.

 

17:27 Publié dans Capital, Dette | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

"Mais allez convaincre de cela des décideurs dont l’horizon temporel s’arrête aux prochaines élections."
Souvenez-vous des résultats électoraux du parti radical après les déclarations à l'île Saint-Pierre sur la retraite à 67 ans. La démocratie est le meilleur des systèmes mais il a un petit défaut : le peuple, le démos, est constitué de 90 % d'idiots sur le plan politique (mais qui sont tous de grands spécialistes du foot, de la bière ou du vin etc, etc...).
Mais il n'y a pas que ça : il n'y a plus d'hommes politiques capables de mener le démos vers le succès. Ils sont tous partis dans la banque...
Et on les comprend un peu : le destin de l'île suisse perdue dans l'Europe est plutôt sombre...

Écrit par : Géo | 27/12/2017

Quand on voir les milliards qui s'"investissent" dans la spéculation, dans l'économie casino, c'est-à-dire totalement improductive, quand on voit les pyramides de Ponzi, y compris le Bitcon, quand on voit les USA se financer par la planche à billets et se contrefoutre impérialement de leur dette, il n'y a aucune raison de s'affoler pour une "dette" de 25.000 CHF/personne à Genève, entièrement couverte par les biens de l'Etat. Finalement la dette des Etats ce ne sont jamais que des impôts non rentrés.

Au passage cette dette s'est accrue par toute une série d'allègements fiscaux qui ont d'abord profité aux plus riches. Impôts non rentrés. CQFD.

Écrit par : Daniel | 28/12/2017

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