29/11/2017

Milliard, le mot qui fâche certains en Suisse

Le «milliard de cohésion» promis par le Conseil fédéral donne des boutons à l’UDC, qui dénonce un «scandale» et entend obtenir dans les plus courts délais la mise en place d’un référendum financier. De quoi parle-t-on au juste ?

Par un malencontreux rapprochement de termes, l’usage s’est installé depuis 2008 de considérer la contribution financière de la Suisse à l’Union européenne élargie comme une contribution directe aux fonds de cohésion de l’UE et, par simplification, d’englober les montants en jeu dans un chiffre rond, le fameux milliard.


 

Il y a là un double abus de langage. Premièrement, la Suisse ne verse pas à proprement parler de contributions à la cohésion dans l’UE, et le soutien qu’elle fournit n’entre pas dans le cadre de la politique de cohésion de l’UE. Elle choisit les projets qu’elle finance de manière autonome, et s’accorde directement avec les pays partenaires sur les projets qu’elle entend financer. Ces précisions ne sont pas avancées par quelque euro-turbo domestique. Elles figurent telles quelles dans la documentation explicative éditée par la DDC (Direction du développement et de la coopération) et le Seco (Secrétariat d’Etat à l’économie), qui savent peser leurs mots.

Ensuite, le milliard en question, adopté une première fois par le Parlement en 2007 (et devenu par la suite 1,302 milliard de francs dans la foulée de l’élargissement de l’UE à la Roumanie et à la Bulgarie, puis à la Croatie), est la somme totale de crédits-cadre destinés à être utilisés sur une période initiale de cinq ans. Le nouveau «milliard de cohésion» annoncé l’autre jour obéira à la même logique, pour une période cette fois-ci de dix ans. Soit, si on calcule bien, à peine plus de 130 millions par an.

Ces montants ne sont pas négligeables, mais ils peuvent être mis en regard des quelque 350 milliards d’euros consacrés par l’UE pour la période 2014 à 2020 à sa politique de cohésion. Ils sont également peu de chose en comparaison des presque 3 milliards de francs que la Suisse attribue année après année à son aide au développement.

Mais alors, pourquoi se référer sans cesse au «milliard de cohésion», une somme évidemment impressionnante, surtout en période de resserrement budgétaire, au lieu de souligner la modestie des montants annuels effectivement en jeu ? Il y a, certes, le désir de faire ressortir aux yeux du partenaire l’importance de la contribution helvétique. Mais il y a, en contrepartie, le risque de donner à des milieux nationalistes et xénophobes, habitués à faire flèche de tout bois, l’occasion de propager leur vision haineuse d’une Europe dont ils veulent à tout prix tenir la Suisse à l’écart.

Ne ferait-on pas mieux de démontrer, cas vécus à l’appui, l’efficacité et l’utilité des projets soutenus par la contribution helvétique ? Ce ne serait pas de la propagande, mais de la communication intelligente, d’autant que ces projets, consultables sur les portails de la Confédération (mais il faut bien chercher…), confortent l’image d’une Suisse solidaire, attentive comme toujours aux détails et au bon usage des fonds, au lieu qu’elle demeure confinée au rôle moins admirable de réceptacle des plus grandes fortunes de la planète. Mais il est vrai que l’art de se faire valoir n’est pas inscrit dans nos gènes helvétiques.

Marian Stepczynski

07:54 Publié dans Démocratie, Emploi, Europe, suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Le commune des mortels n'a pas accès aux informations des tractations en coulisses de notre plus haute autorité exécutive.
Tout n'est que marchandage, contre affaire et retour d'ascenseur. Je n'ai pas suivi le dossier mais qu'en est-il du Brain project qui avait permis de réaffecter les locaux de Bertarelli à Sécheron ?
Je crains juste que nous soyons un peu sages, voire naïfs et complexés dans les négociations.

Écrit par : Pierre Jenni | 30/11/2017

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