18/10/2017

Risque numéro un, la dette

La voix du Fonds Monétaire International ne porte peut-être plus aussi loin que celle, plus bruyante, du G20 ou d’autres enceintes au goût du jour, elle n’en mérite pas moins de retenir toute notre attention. Dans ses dernières «Perspectives de l’économie mondiale» (octobre 2017), le Fonds confirme bien que la reprise est là et que le verre, hier à moitié vide, est à présent plein aux trois quarts, mais il s’empresse dans la foulée de relever combien cette reprise demeure fragile, au vu des nombreux risques qui l’entourent.

Le plus frappant de ces risques, hormis le traditionnel cortège de déséquilibres structurels (faiblesse de la productivité, creusement des inégalités, perte d’orientation des politiques monétaires), est sans doute le niveau d’endettement observé un peu partout, et qui rappelle les circonstances ayant précédé, et manifestement provoqué, la crise financière de 2007-2008.


Si les passifs bancaires sont désormais mieux maîtrisés grâce au renforcement de la réglementation prudentielle, l’endettement cumulé des autres acteurs (entreprises, ménages et administrations publiques) a non seulement rejoint, mais même dépassé les niveaux d’alors. Exprimée en pour cent du produit intérieur brut, cette dette globale s’élèverait à 434% aux Etats-Unis, 428% dans la zone euro, et 485% au Royaume-Uni à en croire The Economist. On peut faire le même calcul pour la Suisse en se basant sur les données statistiques publiées par la Banque nationale : en 2015, l’endettement non bancaire aurait atteint chez nous la proportion, assez terrifiante elle aussi, de 475%.

Ce genre d’estimations est bien entendu à considérer avec des pincettes. La BNS, à l’instar d’autres sources, range parmi les passifs des entreprises (les «sociétés non financières») non seulement les engagements sous formes de crédits et d’autres créances, mais aussi les actions émises, comptabilisées à leur valeur de marché. Il y a un certain abus de langage à ranger les titres de participation que sont les actions parmi les éléments de dette, sauf que les fluctuations boursières, du fait de leur mode de comptabilisation, ne sont pas sans conséquence sur la solidité desdites entreprises, d’autant que ces titres ne représentent pas loin des trois quarts du passif.

Mais là n’est pas le plus inquiétant. Ce qui interroge, c’est l’augmentation, rapide et massive, de la dette des ménages, et tout particulièrement celle de leur dette hypothécaire, qui a presque doublé en quinze ans, au point de représenter désormais, avec 765 milliards de francs pour 2015, quelque 116% du PIB de la Suisse.

La valeur de marché de leurs avoirs financiers et de leurs biens immobiliers ayant, taux d’intérêts quasi nuls aidant, progressé encore plus vite, la fortune nette des ménages a certes suivi, sans parler de leurs avoirs de prévoyance (leurs droits sur les assurances et les caisses de pensions), qui en représentent la plus grosse part. Mais il reste que cette dette hypothécaire, fixe en termes nominaux, n’est pas loin d’égaler le montant total de leurs liquidités et de leurs avoirs aisément négociables. En clair : une correction sévère des marchés aurait, sur la situation patrimoniale de bon nombre d’Helvètes, un effet tout aussi dévastateur que celui qui frapperait le bilan des entreprises.

En ce sens, la portée planétaire des avertissements du FMI vaut aussi bien pour la minuscule Suisse que pour les grands espaces auxquels, croit-on volontiers ici, ils sont prioritairement destinés.

07:45 Publié dans Démocratie, Dette, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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