27/09/2017

Libor, Saron, charabia monétaire dont pourtant beaucoup dépend

Au pays le plus endetté du monde hypothécairement parlant (on aura reconnu la Suisse), on se penche gravement sur le passage, probable et imminent, du Libor au Saron. Le Libor, ce London interbank offered rate (en bon français, taux interbancaire pratiqué à Londres), est sur le point d’être remplacé, chez nous, par le Saron, acronyme barbare désignant le Swiss Average Rate Overnight, en bon français le taux d’intérêt moyen pour les prêts au jour le jour, plus précisément pour une nuit (overnight), taux auquel les banque se prêtent à très court terme, les unes aux autres, les liquidités qui manquent aux premières et dépassent leurs besoins chez les secondes.


 

Le maniement – indirect – de ces taux du marché monétaire est en principe d’importance cardinale pour la Banque nationale suisse, qui considérait jusqu’à aujourd’hui le Libor, et demain sans doute le Saron, comme l’un des trois instruments stratégiques de sa politique monétaire, les deux autres étant sa «définition de la stabilité des prix» (égale à une inflation inférieure à 2%) et sa «prévision d’inflation conditionnelle» (qui suppose des taux d’intérêt constants sur trois ans pour un même niveau d’inflation). Un Libor à -0.75%, avec une marge de fluctuation à trois mois admise de ‑1,25% à -0,25%, est ce qui prévaut actuellement et depuis plus de deux ans.

Le problème, c’est que le Libor, qu’il s’agisse du taux affiché pour les prêts interbancaires en francs suisses, qui nous intéresse ici, ou de celui offert pour les prêts en d’autres monnaies, est entaché de soupçons – avérés – de manipulation entre banques participant à sa détermination. Les employés concernés de ces banques, dont UBS, auraient trafiqué les données communiquées chaque jour à l’ICE Benchmark Administration londonienne (qui en assure la publication) de manière à tirer profit de ce tripotage à leur avantage personnel. D’où les enquêtes menées, et les sanctions infligées, à Londres comme sur d’autres places, pour y mettre un terme. Mais surtout, la disgrâce frappe désormais ce taux issu d’arrangements entre banques, fort éloigné de la réalité, puisque simplement annoncé, sans que les prêts effectivement conclus le soient à cette condition-là. Le Saron, lui, taux de référence du marché des mises en pensions de titres (les titres que les banques déposent à la BNS pour obtenir des liquidités), calculé depuis 2009, est une moyenne des taux de prêts au jour le jour effectivement conclus, et est donc difficilement manipulable. En revanche, il ne se décline pas sur d’autres échéances, et notamment pas à trois mois, ce qui risque de rendre son utilisation moins aisée que le Libor.

Tout cela est non seulement charabiateux, mais aussi assez éloigné des réalités discernables. La BNS n’effectue pratiquement plus d’opérations sur le marché monétaire depuis qu’elle défend le cours du franc par le truchement d’opérations sur le marché des devises, et sa décision d’instaurer des taux d’intérêt négatifs sur les liquidités déposées chez elle a pratiquement mis entre parenthèses le sens des trois instruments déclarés de sa stratégie monétaire. En revanche les banques qui financent à tour de bras des hypothèques adossées au Libor sont directement concernées, et leurs clients encore davantage : à quelle sauce le Saron les mangera-t-il ? Mystère.

08:34 Publié dans Banques, Concurrence, Finances, Immobilier | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

A une sauce qui sera surement moins du gout de certaines grandes banques "suisses" qui n`ont plus grand chose a voir avec la Suisse et plus du gout du citoyen lambda.

Écrit par : J.S. | 30/09/2017

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