20/09/2017

Prévoyance en Suisse: et si on tentait un plan C ?

La politique passe pour être l’art du possible, même si le possible, outre qu’il contrevient souvent à la logique économique, peut chez nous échouer devant le peuple. Prenons le projet Prévoyance 2020. Tout a été dit, y compris son contraire, à son propos. Périlleux bricolage, mariant allégements divers et charges supplémentaires comme on marie la carpe et le lapin, il a été conçu de manière à répondre aux multiples objections soulevées au Parlement. Pour autant, il n’est pas sûr qu’il rallie une majorité suffisante devant les urnes, tant les oppositions croisées qu’il a suscitées ont fini par se neutraliser et risquent bien de faire trébucher le tout. Même un plan B, qui selon certains serait déjà prêt, n’échapperait pas en votation populaire à un rejet sec et cinglant.


Tentons alors un plan C ! Quel que soit le pilier, AVS, LPP ou épargne individuelle, la prévoyance consiste toujours et partout à mettre de côté une part suffisante du revenu courant pour couvrir les besoins de la frange inactive de la population. Cette frange augmente inexorablement pour cause – abondamment connue et documentée – de vieillissement démographique.

Toute forme de répartition du revenu implique par définition un sacrifice chez ceux à qui l’on prend, à défaut de déclencher une satisfaction correspondante chez ceux à qui l’on donne, d’où l’ampleur des oppositions. L’avantage, si l’on peut dire, de notre système des trois piliers est qu’il brouille le mode de répartition, et rend par conséquent le mécanisme de partage intraduisible pour les non initiés. Mais son inconvénient en est l’exact opposé: la complexité du dispositif légal, réglementaire et actuariel qui s’applique à la prévoyance façon helvétique est telle qu’on l’accuse de tous les maux, alors que ce dispositif n’est, encore une fois, qu’une manière de partager, non de définir ce qu’il convient de partager. Il faut donc simplifier, clarifier.

Ramener l’ensemble de l’effort de prévoyance à la seule AVS, comme l’envisage semble-t-il une proposition du Parti suisse du travail, irait dans le bon sens, mais ce pilier-là est trop fortement redistributeur pour passer la rampe d’un scrutin populaire. En revanche, un pilier central basé sur des fonds de prévoyance qui seraient alimentés par des comptes individuels notionnels, comme l’ont mis en place à une certaine époque, sous diverses formes et avec des succès variables il est vrai, quelques pays (Chili, Pologne, Suède), et qui serait accompagné d’un recours à la fiscalité pour en corriger l’insuffisance de solidarité, constituerait un assez bon plan C. Un tel plan aurait au moins le mérite d’établir un rapport direct entre l’effort d’épargne – forcément croissant, vu les perspectives – et son résultat en termes de rentes, et d’obéir en toute transparence aux algorithmes liant les rentes aux variables démographiques (allongement automatique de la durée de cotisation en fonction de l’espérance de vie) et économiques (fixation automatique du niveau des rentes en fonction du taux de croissance).

Le saut serait grand, comparé aux petits pas auxquels nous sommes habitués. Mais un jour viendra où, démocratie directe ou pas, il ne sera tout simplement plus possible d’y échapper, sauf à revenir aux balbutiements de nos régimes sociaux, ce que personne n’ose imaginer.

07:05 Publié dans Capital, Financement des retraites, Fiscalité, Futur, Prévoyance, suisse | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Je partage en partie votre analyse. Cependant le problème majeur de notre système est qu'il est essentiellement basé sur des prélèvements liés aux salaires. Ce qu'il conviendrait de faire est d'étendre les prélèvements à d'autres types de revenus car le rapport salariés / pensionnés ne sera plus jamais aussi favorable que dans les trente glorieuses. A situation nouvelle, nouvelles règles et nouveaux comportements.
Par exemple , je pense que les excédents de la banque nationale ne devraient pas être donnés aux cantons mais bien 'capitalisés' pour alimenter l'AVS. De toute façon, à moyen terme, le système doit être réformé et sérieusement.

Écrit par : uranus2011 | 20/09/2017

Il avait été prévu, en d'autres temps, que l'AVS serait versée à chacun de nous mais l'énorme richesse accumulée par millionnaires comme milliardaires ne devrait-elle pas faire renoncer à ces plus que privilégiés à leur AVS?

Il y aura toujours plus de personnes âgées sans oublier les aînés réfugiés très nombreux climatiques.

A prévoir.

Pour les rentiers de l'AVS minimale 70.- par mois n'est pas... strictement rien.

Écrit par : Myriam Belakowski | 24/09/2017

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