09/08/2017

Mieux vaut être riche et bien portant…

La Suisse est non seulement le pays qui après les Etats-Unis consacre la plus grosse part de son produit intérieur brut aux dépenses de santé, mais aussi, sauf erreur, celui dont les habitants supportent l’essentiel du financement à travers des primes élevées d’assurance et des prises en charge directes acceptées plus ou moins librement. On comprend dès lors que les hausses qui se profilent à l’horizon suscitent chaque année une vague de protestations et une multitude de propositions de réforme.

On l’a dit et redit dans ces colonnes, la progression inexorable des dépenses de santé est le lot des sociétés vieillissantes à quoi s’ajoute, dans le cas des pays riches et singulièrement de la Suisse, une exigence d’excellence et de confort qui n’allonge guère l’espérance de vie mais explique en grande partie le fait que toutes les formes de consommation, y compris celle de soins médicaux, sont ici plus chères qu’ailleurs.


 

La LaMal a promis quelque chose qui s’apparente à la quadrature du cercle : réussir à modérer la progression des dépenses de santé tout en assurant à l’ensemble de la population, riches comme pauvres, jeunes et vieux, bien portants ou malades, des soins en quantité et qualité pratiquement illimitées par le truchement d’un système rigide de tarification que dans n’importe quel autre domaine l’autorité de concurrence traiterait de cartel dur, et sanctionnerait comme tel.

L’objection généralement formulée par ses défenseurs est que la santé n’est pas un marché «comme les autres». C’est vrai qu’on ne choisit pas de tomber malade, mais il est d’autres dépenses obligatoires que le consommateur peut tenter de limiter en faisant jouer la concurrence entre plusieurs offrants: assureurs, logeurs, dépanneurs en tout genre.

 

Modérer la croissance des dépenses de santé sans en venir à une forme ou l’autre de rationnement des soins suppose un minimum de flexibilité des prix, autrement dit, que soit acceptée, justement, une certaine dose de concurrence entre fournisseurs de prestations.  C’est ce que vient de proposer le conseiller national argovien Matthias Jauslin, qui préconise purement et simplement la disparition du Tarmed, ce système tarifaire négocié entre partenaires avec la bénédiction du Conseil fédéral, modifié une première fois en 2014, et âprement disputé depuis lors, faute d’accord sur le principe dit de la «neutralité des coûts».

Las, argumente Jauslin, abandonnons cette rigidité cartellaire et laissons aux médecins la latitude de fixer leurs honoraires dans le cadre d’une certaine fourchette à l’instar de ce qu’ont introduit, avec succès, les dentistes. Les stars de la médecine de pointe continueront ainsi de faire payer très cher leurs interventions pendant que leurs confrères plus modestes de la médecine de base s’attireront une clientèle moins argentée ou plus attentive au niveau des prix.

Halte, rétorquent les ténors de la gauche. Pas question de voir s’insinuer une médecine à deux vitesses, ce qui serait la conséquence immédiate de toute dérogation à l’unicité tarifaire voulue par la LaMal. La médecine à deux vitesses, ce tabou absolu, existe pourtant déjà, puisque les assurances complémentaires, que tout le monde ne peut pas se payer, donnent aux patients le libre choix intégral du médecin et du chirurgien opérant en privé. Mais toute vérité n’est visiblement pas bonne à dire.

08:21 Publié dans Assurance maladie, Démocratie, Futur, Santé | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.