28/06/2017

En finance, la triche se paie cash

Les boursiers sincères n’en font pas mystère : la seule manière de «battre le marché» à coup sûr, c’est d’exploiter des informations privilégiées, autrement dit de se trouver, ex fonctions ou par simple hasard, dans la position d’initié et d’en tirer parti pour réaliser un profit sans risque. Cette resquille, mollement réprimée par le code pénal avant mai 2013, était jusque là une pratique probablement assez courante, l’autorité n’en démasquant qu’une infime partie et n’en considérant que les cas les plus flagrants.


De manière générale d’ailleurs, on observe que les cours en bourse de certaines valeurs tendent à monter peu avant la publication d’une nouvelle importante (résultats annuels, niveau du dividende, annonce d’une fusion, etc.). Simple effet de mimétisme, ou indice d’une opération d’initié ? Impossible de trancher, sauf à se livrer à une recherche fastidieuse – et coûteuse – parmi des millions de transactions effectuées durant la période en cause.

La Suisse a longtemps fait montre d’une grande mansuétude à l’endroit des délits d’initiés, faute pour la justice de moyens légaux suffisants, mais aussi, et plus prosaïquement, du fait de la difficulté qu’il y a à les circonscrire. Où tracer la limite entre l’obtention licite (par l’analyse, la modélisation, le chartisme, etc.) d’informations pertinentes, et l’accès illégal à la connaissance de faits sensibles susceptibles d’influencer le prix d’un actif ? Et tout bonnement : le jeu – dépenser beaucoup d’argent pour démasquer d’éventuels coupables – en vaut-il la chandelle ?

A tout cela s’ajoute une considération plus éthique que juridique : comment s’attendre que des membres de conseils d’administration de sociétés en vue, supposés plus blancs que blancs à raison de l’importance de leur position, puissent se rendre coupables de délits d’initiés en exploitant à leur profit l’annonce de décisions qu’ils ont contribué à prendre ou dont ils ont eu connaissance à la source ? C’est pourtant précisément un cas de ce genre que la Finma, l’autorité de surveillance des marchés financiers, vient de sanctionner au terme d’une procédure longue et minutieuse menée en parallèle avec le Ministère public de la Confédération contre un ancien administrateur de plusieurs entreprises cotées en bourse qui a utilisé trois ans durant des informations provenant de ces sociétés.

Ce premier cas de sanction dirigée contre une personne physique n’exerçant pas son activité dans un établissement soumis à la surveillance, rendue possible par l’élargissement des compétences de la Finma depuis 2013, a eu un grand retentissement dans les médias suisses alémaniques. Pour la raison vraisemblablement que l’initié démasqué est une figure connue outre Sarine, mais aussi pour la raison, combien importante, que les dérives dont la Finma vient de ferrer un exemple particulièrement choquant (l’administrateur en question a procédé «de manière répétée et systématique», en recourant à des instruments financiers dérivés démultipliant les variations attendues des cours) entachent gravement la réputation de la Suisse en tant que pays sérieux sous tous rapports, et n’épargnent pas son marché boursier, dont un fonctionnement irréprochable est vital pour tant d’acteurs, qu’ils soient banquiers, assureurs, courtiers, gérants de fortune ou responsables d’institutions de prévoyance.

Il fallait frapper fort : voilà qui est fait.

07:42 Publié dans Air du temps, Capital, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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