21/06/2017

En attendant la prochaine crise: tant va la cruche à l’eau…

Combien de temps s’écoule-t-il jusqu’à ce qu’une crise financière soit oubliée?

D’expérience, il semble qu’une génération, voire moins, suffise pour qu’une vaste majorité d’intervenants ait perdu la mémoire de la crise précédente. La dernière crise majeure que la Suisse ait connue, celle du krach immobilier du début des années 90, est donc en passe d’être complètement oubliée. On comprend dès lors que la Banque nationale suisse, en charge de la surveillance bancaire et principale intéressée au maintien de la stabilité financière, veille avec la plus grande attention au bon fonctionnement du marché hypothécaire. Et il n’aura pas échappé au lecteur attentif de son dernier Rapport sur la stabilité financière qu’elle continue de considérer ce marché comme suffisamment éloigné de l’équilibre pour consacrer une large part de son analyse à la situation des banques «axées sur le marché intérieur», autrement dit celles, locales et régionales, qui vivent principalement du crédit hypothécaire.


Or ces banques, frappées comme tout le monde par le niveau extrêmement bas des taux d’intérêt qui entraîne pour elles un rétrécissement de plus en plus marqué de leur marge d’intérêt, s’évertuent à compenser cette baisse de revenu par l’octroi de nouveaux crédits en nombre suffisamment élevé pour maintenir au final, voire continuer d’améliorer, le résultat net de leurs opérations. Constat de la BNS : alors que l’évolution du marché hypothécaire dans son ensemble a plutôt tendance à faiblir, l’activité de ces banques continue d’y enregistrer des taux de croissance particulièrement soutenus, au prix d’une prise de risque accrue comme en témoigne la détérioration des ratios (loan to value ratio, loan to income ratio) servant à mesurer la capacité financière d’une proportion croissante de débiteurs.

Bien que ces banques-là (qui comprennent également Post Finance, Raiffeisen et la ZKB) apparaissent suffisamment capitalisées d’après les normes en vigueur, elles seraient loin d’être toutes en mesure de résister sans dommages sérieux à un choc tel que celui qui se produirait si l’un des deux scénarios imaginés dans les «stress tests» auxquels la BNS les soumet venait à se vérifier : chute des prix immobiliers et des cours des actions, augmentation soudaine et substantielle des taux d’intérêt, inversion de la courbe des rendements, stagnation générale de l’économie (l’autre scénario consistant en une récession prolongée dans la zone euro, on fera ici l’économie d’en parler, puisque ladite zone se trouve désormais engagée dans une assez nette reprise, et que par définition les banques axées sur le marché intérieur sont peu sensibles aux vents extérieurs).

On argumentera certes qu’un pareil choc de taux d’intérêt est peu vraisemblable, du moins à court ou moyen terme. Il n’empêche, et c’est la BNS qui l’écrit, que «l’expérience nous apprend que les taux d’intérêt peuvent brusquement augmenter et dépasser de manière significative leurs niveaux d’équilibre». Rien n’interdit donc de penser qu’un jour des taux supérieurs à 5%, leur moyenne historique, puisse soudainement se former et prendre de court banques et débiteurs mal préparés à envisager le pire.

 

07:33 Publié dans Air du temps, Banques centrales, Dette, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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