12/04/2017

Malheureux Hollande, après la pluie le beau temps

La reprise qui s’affirme un peu partout arrive trop tard pour François Hollande, qui l’avait annoncée trop tôt. Mais elle est bien là, qui devrait déloger les populistes de partout où ils se sont installés au pouvoir (Pologne, Hongrie) ou les empêcher de le prendre là où ils sont à deux doigts d’y parvenir (en Italie l’an prochain, demain peut-être en France).


Bien sûr, les populismes ne sont pas nés seulement là où l’économie a stagné, mais là aussi où les sentiments d’insécurité et d’injustice ont trouvé un terreau fertile (encore que l’on puisse défendre l’idée que l’une comme l’autre sont filles du chômage et de la pauvreté, ce qui ramène néanmoins à l’absence de croissance).

Si donc, par impossible, la candidate du Front national à l’élection présidentielle gagnait au second tour, elle bénéficierait certes dans un premier temps, à la place du président sortant, de ce cadeau du ciel qu’est le retour à une meilleure conjoncture, et ne se priverait pas de s’en attribuer le mérite. Mais ensuite, la prospérité revenue, les Français se détourneraient des promesses creuses de l’extrême droite et se prépareraient, le temps d’une chaotique cohabitation, à en refermer la triste parenthèse.

Le retour à la croissance est certes le résultat, systématiquement recherché, des politiques monétaires extraordinairement expansives menées par les banques centrales en réponse à la crise. Mais pas seulement. Il est aussi, et peut-être avant tout, la suite logique de la longue période de “déflation par la dette” que le monde vient de subir. De 2008 à 2016 se sont en effet écoulées les sept ou huit années caractéristiques de ce phénomène de debt deflation que l’économiste américain Irving Fisher, le premier à en voir formalisé les contours, avait repéré dans les crises de 1837, 1873 et surtout 1929. De la même façon, un Kenneth Rogoff et une Carmen Reinhart ont mis en évidence (dans diverses contributions à la prestigieuse American Economic Review) d’identiques enchaînements de causes et d’effets pour la période récente.

En somme et pour faire simple, l’économie finit toujours par rebondir une fois les stocks d’invendus liquidés, les annuités d’amortissement arrivées à terme, les équipements devenus obsolètes, les consommateurs lassés de se serrer la ceinture et peut-être davantage encore, les épargnants écœurés de voir leurs économies frappées d’intérêts négatifs au lieu d’être rémunérées.

Ce ressaisissement conjoncturel est bon pour tout le monde. Il le sera même, à notre échelle locale, pour les comptes du canton, pour l’autofinancement de ses considérables investissements en infrastructures et, last but not least, pour le sauvetage de ses caisses de pensions publiques grossièrement sous-capitalisées, à un moment où s’esquissaient de dangereuses perspectives – le départ de gros contribuables effarouchés par l’échange automatique qui se généralise, la délocalisation d’importantes fortunes étrangères en quête de meilleurs traitements, le rétrécissement d’un secteur bancaire en perte de vitesse, d’un négoce victime du ralentissement du commerce mondial et, comme si cela n’y suffisait pas, l’étiolement programmé, mauvais pour l’économie locale, de quelques-unes des principales organisations internationales pour cause de retrait, partiel voire total depuis l’arrivée d’un Donald Trump, de la contribution américaine à leur financement.

 

08:51 Publié dans Air du temps, Croissance, Europe, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Ce que l'on nomme le populisme n'est pas une simple réactivité à la crise ou à l'insécurité. De plus vous l'attribuez un peu vite à l'extrême droite (c'est qui ça si l'on compare aux mouvements nationaux-socialistes d'il y a bientôt 100 ans?). Or on le voit en France la souveraineté, une des caractéristiques de ce que l'on nomme populisme pour discréditer et stigmatiser sans débattre du fond, se porte très bien à gauche aussi.

La crise migratoire repose la question de la souveraineté locale, régionale, nationale. Ce n'est pas un sujet secondaire. Cette crise est traitée à l'envers du bon sens: on laisse se vider des pays de leur bras et élites, perpétuant ainsi leur moindre développement. Mélenchon dit qu'il est préférable que chacun vive au pays, cela me paraît une des rares idées de bon sens chez lui. Donc: régulation des flux, pour cette raison, mais aussi parce que le nombre grandissant déclenche inévitablement une secousse d'adaptation (des deux côtés) loin d'être simple; il n'y a pas de xénophobie à cela, seulement une sociologie. La préservation des cultures fait partie de la diversité.

Ces questions de philosophie, et de philosophie politique, dépassent de loin la caricature xénophobe de ce que l'on nomme par facilité intellectuelle et avec mépris le populisme.

Une autre caractéristique de ce courant est de proposer plus d'État pour reprendre la société en main.

Je ne me reconnais pas dans l'étatisme même si je pense que l'État a un rôle d'encadrement, de protection, de modération et de médiation. Donc je ne me reconnais ni dans Marine Le Pen ni dans Mélenchon. Mais une partie de leurs thèses méritent mieux que le dédain et l'explication courte.

Écrit par : hommelibre | 12/04/2017

Je parle ici sous aucune autorité reconnue et certainement aucune connaissance du monde économique mais par un sentiment, un peu vague mais très présent, d'un sursaut, certes encourageant, mais qui ne sera qu'un feu de paille.
Pour une raison somme toute assez simple, la croissance telle que conçue par la plupart des acteurs, ne tient pas suffisamment compte de plusieurs paramètres qui permettraient la gestion durable des ressources.
Je ne vois que la fuite en avant d'un système voué à l'échec. L'économie de marché a fait son temps.
Allez dire aux agriculteurs que l'embellie se fera sentir chez eux aussi ! Venez expliquer aux chômeurs qui seront toujours plus nombreux, quels que soient les chiffres et les courbes, en quoi la reprise se traduira dans leur quotidien !
Comment justifierez-vous l'écart toujours grandissant entre le fortunés qui représentent un infime pourcentage de la population et le reste qui se contente des restes, s'il y en a ?
Désolé, mais je ne peux vous suivre sur cette analyse partielle, tronquée, qui semble suggérer que nous nous en sortirons sans rien changer à rien.
Les effets pervers d'un libre échange, basé presque exclusivement sur le profit à court terme, ne sont plus à démontrer. Et le repli identitaire est une réponse saine, même si elle est provisoire, pour mieux évaluer la direction à suivre.
Elle se résume à merveille dans un ouvrage qui vient de paraître mais que vous ne lirez vraisemblablement pas car il remet en question toute votre approche :
https://www.amazon.com/New-Human-Rights-Movement-Reinventing/dp/1942952651/

Écrit par : Pierre Jenni | 12/04/2017

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