22/03/2017

America first ou America last?

La vision économique du président Trump a peut-être enflammé la Bourse, prompte à se persuader qu’un vaste programme d’investissements dans les infrastructures, assorti de la construction d’un mur de 9 mètres de haut le long de la frontière avec le Mexique, sera de nature à fouetter l’activité domestique.

Le fait est plutôt que ce genre d’exercice de suralimentation budgétaire accélérera la lente décomposition de la capacité de concurrence de l’économie américaine. Et comme si cela n’y suffisait pas, le recours annoncé à toute une batterie de mesures protectionnistes ne pourra, au contraire des promesses faites, que transformer en recul la stagnation du niveau de vie d’une majorité de ménages américains.


 

 

Le désarroi est grand chez les partenaires commerciaux des Etats-Unis, obligés de constater à l’issue de la réunion des ministres du G20 à Baden-Baden que la rhétorique en 140 caractères du twitteur en chef de la Maison-Blanche, loin de correspondre à une lubie passagère, exprime bel et bien une volonté solidement ancrée de rompre sur ce point avec le passé. Tout ce que les Etats-Unis ont bâti depuis la guerre, du GATT à l’OMC en passant par le démantèlement des barrières douanières, la libéralisation des mouvements de capitaux et le libre-échange en général, risque désormais de s’effondrer sous le slogan d’«America first», et signer tout au contraire un triste «America last», comme l’écrivait si justement, il y a quelques semaines, une chroniqueuse du Washington Post.

L’impact de ces singulières «Trumponomics» se révélera en effet doublement délétère. Sur le plan budgétaire d’abord, puisque à l’augmentation programmée des dépenses militaires – quelque 54 milliards de dollars de plus par année – va répondre une réduction drastique de l’aide au développement et, plus encore, celle des divers programmes sociaux dont bénéficie, à un titre ou à un autre, près d’un ménage américain sur cinq. Le multiplicateur des dépenses publiques sera donc ici à peu près nul, voire carrément négatif.

En dehors de leur volet budgétaire, les proclamations trumpiennes d’un avenir radieux tournent autour d’une série de mesures protectionnistes tout aussi dommageables à l’emploi et à la croissance. Car, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, la taxation des importations, censée rééquilibrer le commerce extérieur et le rendre plus «juste» en protégeant l’industrie américaine d’une concurrence étrangère aux pratiques «déloyales», réduira d’autant le pouvoir d’achat des consommateurs et augmentera les coûts de la production domestique, transformant de la sorte l’échange jusqu’ici gagnant-gagnant entre les Etats-Unis et le reste du monde en un échange à coup sûr perdant-perdant.

Il reste à espérer que, d’ici le sommet du G20 de juillet prochain à Hambourg, des économistes américains aux sympathies républicaines (il doit bien y en avoir quelques-uns) réussissent à expliquer au président en exercice que le nationalisme économique peut faire illusion un temps, mais qu’à la longue il ne profite à personne. Une leçon, d’ailleurs, qui ne vaudrait pas que pour les Etats-Unis, mais que bon nombre de pays européens, en proie aux mêmes démons populistes, feraient bien de retenir également.

07:21 Publié dans Croissance, Démocratie, Etats-Unis, Futur, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Il est évident que Trump est un ignare. Par contre, les "faiseurs de président" a l`origine de son accession au pouvoir et donc de ses décisions économico-politiques ne sont probablement pas des imbéciles, quels qu`ils soient. Deux hypotheses quant aux buts véritables du trumpisme: soit la destruction par l`intérieur de l`empire US, soit la mise en veille de l`économie américaine -et, par ricochet, de celle de l`Europe- afin de provoquer un chomage massif dans l`économie chinoise encore dépendante des exportations vers le monde occidental. Un chomage massif en Chine entrainerait un mécontentement populaire massif pouvant déboucher a la giga révolution de couleur que Tien Anmen a échoué a déclencher.

Écrit par : jean jarogh | 22/03/2017

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