08/03/2017

La blockchain, cette autre révolution qui se prépare

Alors qu’on s’agite beaucoup autour de la question des robots et de leurs effets possibles sur l’emploi, une autre révolution, tout aussi importante quoique plus silencieuse, est en marche.
 
C’est celle de l’utilisation potentiellement universelle de la technologie dite «blockchain». Celle-ci permet d’identifier, exécuter et protocoler en temps réel les échanges de données (contrats, transferts de propriété, certifications, etc.) sur une base à la fois sécurisée et émancipée de tout agent intermédiaire (banque, notaire, registre officiel) par le recours à un réseau de nœuds dit «peer to peer», enchaînant et validant, paquet par paquet, l’ensemble des transactions au fur et à mesure de leur survenance.


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Les robots impressionnent mais demeurent de simples machines obéissant aux algorithmes dont sont farcis leurs circuits logiques. Les plates-formes blockchain, elles, révolutionnent le système même des organisations. L’exemple le plus médiatisé de tentative d’application de la nouvelle technologie est bien sûr le bitcoin, moyen de paiement cryptographique aux destinées encore balbutiantes.
 
Mais d’autres essais, de portée bien plus considérable, sont en train de se développer, aux Etats-Unis comme il se doit, entre acteurs majeurs de la finance alliés pour la circonstance aux géants de l’informatique. Une trentaine d’entre eux (UBS et Credit Suisse en sont), menés par J.P. Morgan Chase, Microsoft et Intel, viennent tout juste de former autour de la plate-forme Ethereum un groupe de recherche baptisé Enterprise Ethereum Alliance ayant pour vocation de généraliser, en le rendant public («open source»), l’usage de cette base de données partagée dans le monde des affaires. Et destiné accessoirement, sinon principalement, à défier un certain nombre d’initiatives concurrentes, à commencer par celle qu’IBM mène sur la base du projet dit Hyperledger développé par la Linux Foundation.
 
Ce que ces projets ont en commun, c’est de viser au leadership d’une technologie dont on peut être à peu près sûr qu’une fois parvenue à maturité, elle signera la fin d’un mode multiséculaire de formalisation des échanges basé sur l’intermédiation bancaire, la bureaucratie publique et privée et la légitimation par l’autorité. Un deuxième Internet en quelque sorte, bousculant comme lui, mais sur un autre versant, l’organisation du marché au sens large, rendant inutile, et donc faisant disparaître, tout obstacle à l’exercice du libre arbitre dans les relations entre sujets économiques.
 
Les premiers intermédiaires à se voir ainsi rangés au placard des souvenirs pourraient être les banques (voire les banques centrales, qui suivent l’évolution de près), puis les agents de négoce, les auditeurs, les officiers ministériels, bref, tout ce qui dans le monde d’aujourd’hui est seul habilité à matérialiser en fait et en droit, pour la rendre indiscutable, la volonté des parties à l’échange.
 
On n’en est certes encore qu’aux prolégomènes, mais l’intérêt porté à la nouvelle technologie par ceux-là mêmes, dans la haute finance d’abord, qui en seront les premiers touchés, montre bien que la révolution est en marche. Et au rythme où vont les choses, demain n’est sans doute plus très loin.
 

 

07:33 Publié dans Banques, Banques centrales, Démocratie, Emploi, Technologie | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | |

Commentaires

"la fin d’un mode multiséculaire de formalisation des échanges basé sur l’intermédiation bancaire, la bureaucratie publique et privée et la légitimation par l’autorité."
Et surtout la fin de la confidentialité ! Tous les contrats entre toutes les entités transparents, à la vue de tous ? Cela paraît quelque peu utopique...

Écrit par : Géo | 08/03/2017

Quand on sait les nombreuses erreurs survenues dés 1970 avec la médecine dite de pointe ou les nouvelles technologies devaient permettre surtout de cumuler les interventions ,les jeunes d'aujourd'hui ont du souci à se faire pour demain surtout quand on sait que lors d'explosions solaires tout ce qui est informatisé déraille
Mais heureusement nous ne serons plus présents pour blablater et les médecins psychiatres auront toujours du travail ,seule consolation !

Écrit par : lovejoie | 08/03/2017

Les nouvelles technologies risquent de faire passer beaucoup d`emplois bancaires a la trappe. Naturellement, la Suisse est concernée au premier chef. Que conseilleriez-vous, mr Stepczynski, a ceux qui travaillent dans ce secteur et ont encore une trentaine d`années avant la retraite?

Écrit par : jean jarogh | 08/03/2017

Comme toujours en phase de grande transition : perfectionner ses compétences, en acquérir de nouvelles, être attentif aux occasions qui se présentent... Cela étant, de nouveaux emplois se créeront, y compris dans la banque, liés souvent aux nouvelles technologies ou découlant d’elles. Il s’en crée d’ailleurs déjà, ainsi qu’on peut l’observer dans certains départements («compliance», audit, informatique, conseil en affaires documentaires, en clientèle private banking, en prévoyance professionnelle, gestion des risques crédit, etc.). Il est vrai que les employés de banque occupant des postes moyennement ou peu qualifiés sont les plus menacés.

Écrit par : Marian Stepczynski | 08/03/2017

Merci pour votre réponse détaillée, mr Stepczynski.

Écrit par : jean jarogh | 08/03/2017

Plus la technologie augmente, moins nous avons de temps pour nous autres humains. Ces machines, qui ne connaissent pas les frontières, les horaires, le sommeil, ni les obligations militaires ou familiales vont littéralement bouffer de l'emploi. Et contrairement à ce que nous pouvons croire, tous les postes sont concernés. Cela va du taxi au radiologue. Cette révolution numérique à coups d’algorithmes ne nous facilitera pas la vie. Nos profs nous disaient que nous aurons plusieurs carrières professionnelles dans une vie. A présent, nous aurons diverses activités mélangées au même instant... de la flexibilité à outrance.

Écrit par : Riro | 08/03/2017

Monsieur Stepczynski,

- "Ces machines, ... vont littéralement bouffer de l'emploi. Et contrairement à ce que nous pouvons croire, tous les postes sont concernés." (Riro)

Selon vous, la diminution du nombre de radiologues (ou de banquiers), causée par l'emploi croissant de ... "machines", ... ne va-t-elle pas provoquer, non seulement une perte de savoir-faire (donc une diminution de ressources capables dans leurs domaines respectifs, et logiquement une diminution des opportunités de faire progresser ces spécialités) ... mais également une concentration du nombtre d'acteurs pouvant favoriser une entente (cartellaire ?) entre prestataires de services, au détriment économique et qualitatif de ceux devant avoir recours à de tels services ?

Écrit par : Chuck Jones | 08/03/2017

Après la mutation, digression du moteur de recherche Google en valeur commerciale.
La récupération de l'économie participative, contre-culture par des faiseur de profits Uber, Airbnb
Voilà JP Morgan Chase, qui squatte « la blockchain » (pour éviter les intermédiaires passez donc par moi je serai votre intermédiaire). tout changer pour que rien ne change.
Finalement, Révolution ou changement de paradigme, les prédateurs reprennent le contrôle, l’éternelle répétition.

Écrit par : glg | 09/03/2017

Bravo ! Je vois que vous commencez à prendre la mesure de la mutation en cours.
Il ne vous manque pas grand-chose pour réaliser à quel point nous vivons la fin du travail au sens commun du terme depuis que nous avons cessé de chasser et cueillir pour subsister.
Maintenant j'espère juste que des experts de votre trempe nous permettent de mieux comprendre non seulement ce que ça implique, mais comment nous allons pouvoir en profiter.
A mon avis, il faudrait commencer par tenir compte des risques évoqués par gig, car avant tout le monde (UBS, Crédit Suisse, Chase Morgan et les autres que vous mentionnez, Goldman Sachs a ouvert un département bitcoin.
Ensuite, il faudra peut-être vous faire un peu violence en évoquant la possibilité de considérer le travail sous un autre angle que celui du triste sire qui évoquait la maxime : "Arbeit macht frei".
Je me réjouis de vous lire.

Écrit par : Pierre Jenni | 09/03/2017

Les "robots" finiront par tuer le capitalisme marchand et c`est tres bien ainsi. A la place il y aura simplement... la VIE. Avec probablement bien moins de superflu et bien plus d`essentiel. Aujourd`hui, la vie du commun des mortels sert a enrichir un tres petit nombre de "privilégiés" tout en satisfaisant les désirs infantiles (maintenus infantiles a grands coups de pub sur le crane) pour des objets que nous jetons sitot achetés et quand on a fini d`etre "profitable", notre vie est déja derriere nous. C`est ca la barbarie ultime, c`est ca la connerie ultime. Et certains se demandent pourquoi les civilisations évoluées de la galaxie ne prennent pas contact avec nous qui ne sommes encore que des pov`mickeys se réduisant eux-memes en esclavage...

Écrit par : Jean Jarogh | 09/03/2017

Cher confrère, je me suis permis de reprendre en amorce sur Facebook votre excellent article de blog sur le blockchain.

Je m'étonne que les media dominants n'aient pas encore tenté de faire comprendre au public profane l'importance de cette révolution imminente.

Merci pour votre excellent travail pédagogique.

J'attend des développements dans Le Matin (mais oui !), Le Temps, La Tribune de Genève, Infrarouge (RTS), etc.

Avec de la bonne infographie, on doit pouvoir relever ce défi de taille !

Écrit par : Jacques-Andre WIDMER | 12/03/2017

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