01/03/2017

Taxer les robots ? Quelle drôle d’idée !

Entre Benoît Hamon et Bill Gates, il n’y a pas grand chose de commun, sauf que tous deux avancent l’idée qu’on en viendra à taxer les robots. Le milliardaire californien comme le candidat socialiste à la présidentielle française tirent en effet de la disparition programmée de la plupart des emplois la même conclusion : puisque le travail, principale source de revenu pour le commun des mortels, se raréfie, il faudra bien trouver un moyen autre que les salaires, et les prélèvements de toutes sortes qui les ponctionnent, pour assurer la protection sociale et la vie tout court. Le revenu universel, financé par une taxe sur les mécanismes dotés d’intelligence artificielle, pourrait être ce moyen.


L’idée en soi n’est pas dépourvue de sens (elle n’est d’ailleurs pas nouvelle : au 19e siècle déjà, on envisageait de taxer les métiers à tisser), mais elle tape à côté de la cible. Il est très peu vraisemblable que l’emploi global diminue, mais fortement probable au contraire qu’il augmente, comme il l’a fait à chaque révolution technologique. Les gains de productivité que l’automation engendre profitent à tous, sous forme de baisses des coûts et des prix. A l’inverse, le renchérissement des investissements, à quoi équivaudrait une taxation des robots, ralentirait la croissance.

Reste que les travailleurs ne sont pas égaux devant le progrès technique, et que les inégalités se creusent entre les plus qualifiés – ou les plus fortunés – qui tirent leur épingle du jeu et la cohorte grossissante des laissés pour compte. Il y a donc un besoin urgent de revoir les mécanismes de redistribution de la valeur ajoutée. Sur le principe, tout le monde est à peu près d’accord. En revanche, l’affaire se corse lorsqu’on en vient aux modalités, et les économistes apportent sur ce point quelques éléments d’analyse qui font réfléchir. Primo, il est frappant de constater que les gains de productivité, tels que mesurés aux Etats-Unis et en Europe notamment, ont eu ces dernières décennies plutôt tendance à diminuer, alors même que l’automatisation des tâches et l’intelligence artificielle en général se répandaient jusque dans les objets de la vie courante. Le progrès technique semble donc, paradoxalement, avoir ralenti la cadence plutôt qu’accéléré le pas. Deuxio, la part de la rétribution du travail dans le revenu global a certes tendu à diminuer régulièrement, mais celle du facteur de production capital en tant que tel a chuté encore davantage, comme l’indique le niveau extrêmement bas des taux d’intérêt. Ce qui a augmenté, ce sont les marges bénéficiaires, et singulièrement celles que s’arrogent les grandes multinationales, les «sociétés superstars» comme les appelle l’hebdomadaire The Economist.

S’il s’impose d’agir, c’est par conséquent au niveau de ces sociétés géantes, qu’il faut amener à restituer à la collectivité une part plus grande de leurs profits, en les soumettant à une réelle concurrence qui les obligerait à baisser leurs prix, ou, à défaut, en les empêchant de continuer à éluder l’impôt, ce à quoi s’emploient précisément les pays du G20 et l’OCDE avec leur projet BEPS (“Base Erosion and Profit Shifting”, en bon français “érosion de la base d'imposition et transfert des bénéfices”).

Et où l’on retrouve, au détour du chemin, notre fameuse RIE III…

06:27 Publié dans Démocratie, Dette, Finances publiques, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

Commentaires

Les analystes pensent le contraire de vous, l'intelligence artificielle va plus détruire d' emplois qu'en créer.

Les anciennes révolution technologiques ont permis d'améliorer les conditions de travail de l'humain. Créé de nouveaux métiers avec ces nouvelles technologie, de nouveaux produits avec des nouveaux matériaux.

L'IA ne créé pas de nouveau métier, du moins ce sera très peu, elle remplace l'humain depuis le bas de l'échelle sociale jusqu'au plus haut.

Dans un premier temps, il se peut que de nouveaux métiers apparaissent et compensent les disparitions d'emploi, mais à terme quasi toute personne pourra potentiellement être remplacé par l'IA.
Les métiers du social seront très probablement préservés.

En attendant un nouvel équilibre économique avec l'arrivée de l'IA, il y a nécessité de les taxer pour amortir le choc.

Avec l'IA. c'est à terme la société de robots qui arrivent. Et là les questions arrivent. Va t'on laisser notre sécurité à des policiers robots.
Les USA et probablement d'autre pays en sont à vouloir créer des robots soldats qui prennent des décisions de manière autonomes.
Ce ne seront plus des drones guider par des humains, ils feront leurs propres choix, choisiront leurs propres cibles.
Cet exemple montre que les anciennes révolutions, étaient de toutes petites révolutions.

J'aimerai avoir votre vision optimiste, mais les avancées dans l'IA me le permet pas.
Les gouvernement devront être hyper réactif en fonction des progrès de l'IA.

Écrit par : motus | 01/03/2017

Ce ne sont pas les robots que l'on taxe mais les emploies perdus!

Écrit par : Dominique Degoumois | 01/03/2017

On a bien en Suisse des travailleurs de l'Est qui n'ont que 300 euros de salaires par moi, et ce ne sont pas des robots! (des chauffeurs livreurs à plein temps en Suisse!)

Écrit par : Dominique Degoumois | 01/03/2017

Bon ben si des analystes aussi rigoureux que vous ne réalisent pas que l'AI préfigure la fin du travail pour tous, on est pas rendus.

Écrit par : Pierre Jenni | 03/03/2017

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