22/02/2017

Santé: aurait-on enfin trouvé l’œuf de Colomb ?

Pour qu’un système de santé dérape, il faut et il suffit:

1° que les prix, en l’occurrence les tarifs médicaux, soient garantis aux prestataires de soins (ce qui est vrai du Tarmed pour la médecine ambulatoire, et des forfaits par cas pour ce qui concerne les soins stationnaires) ;

2° que les soins «produits» à ces prix garantis soient intégralement pris en charge, autrement dit ne soient limités par aucune restriction, ni du côté de l’offre, ni du côté de la demande. Ce qui est bien le cas, puisque les «consommateurs» (les patients) sont assurés, aux sens propre et figuré, d’être – presque – intégralement remboursés, et que les «producteurs» (les prescripteurs : médecins, hôpitaux) répondent à toutes les demandes quand ils ne les suscitent pas eux-mêmes. Dans une telle situation qui fait irrésistiblement penser aux politiques agricoles d’il y a quelques années, il se produit immanquablement une surproduction, ou si l’on préfère, une explosion des coûts de la santé.


Face à cela, les mesures correctrices appliquées jusqu’ici ont consisté pour l’essentiel à tenter de contingenter l’offre, via un moratoire sur les ouvertures de cabinets médicaux et la mise en place d’une planification hospitalière visant peu ou prou à limiter le nombre d’hôpitaux et de lits. On sait les maigres succès remportés jusqu’ici. Levés au bout d’un certain temps, les moratoires ont laissé aussitôt place à une vague d’installation de nouveaux médecins ; quant à la planification hospitalière, elle se heurte régulièrement à la volonté populaire, ou tout bonnement aux égoïsmes cantonaux.

Il est vrai que le vieillissement et les progrès médicaux ont aussi leur part de responsabilité dans le phénomène. Les personnages âgées sont plus souvent atteintes dans leur santé que les jeunes, et ce sont les dernières années de vie, tous âges confondus, qui coûtent le plus. Quant aux nouvelles solutions, qu’elles soient technologiques ou médicamenteuses, elles raccourcissent certes les durées de traitement ou permettent de prolonger la vie, mais elles coûtent cher, et l’on n’a pas encore trouvé le moyen d’intégrer ces bénéfices-là dans l’équation globale de la santé.

Le seul moyen de briser le cercle vicieux consisterait sinon à lever purement et simplement la garantie des prix, du moins à en réduire la portée. On s’en approche avec les réseaux de soins et autres limitations de l’obligation de contracter, antiphrase désignant la fin du libre choix du médecin. Mais ces pistes sont peu fréquentées, et fortement discutées par une majorité de la corporation médicale.

La solution pourrait venir d’une nouvelle approche qui vient d’être proposée par une – courte – majorité de la Commission de la santé du Conseil national. En substance, on compenserait en tout ou partie la hausse des coûts constatée chaque année par une réduction, l’année suivante, des tarifs médicaux. On imagine d’emblée les oppositions que l’idée a suscitées. Ce ne serait rien d’autre qu’un rationnement des soins ! s’est écrié le président la FMH. La méthode serait beaucoup trop indifférenciée a renchéri le représentant des caisses maladie. Peut-être. Mais il faut être clair. Si l’on ne veut pas que les primes d’assurance doublent d’ici 2030 comme l’a laissé entrevoir le cabinet de conseil Ernst & Young, on n’échappera pas à une forme ou l’autre de rétrécissement des parts du gâteau.

09:01 Publié dans Assurance maladie, Finances publiques | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | |

Commentaires

Réduire les tarifs médicaux, c`est tenter le diable. Combien de temps des lors pour que se développe un systeme de soins a deux vitesses avec des médecins "tarifés" et d`autres qui, se prévalant de leur réputation, sortiraient du systeme pour pratiquer leurs propres tarifs avec les installations de pointe des cliniques privées? Une autre conséquence possible serait celle des dessous de table. Dans maints pays les gouvernements optent pour un systeme dans lequel le travail des soignants est tres mal rémunéré sachant que, comme résultat, la généralisation du bakschich illégal mais incontrolable sans lequel le malade est certain de ne recevoir qu`un ersatz de soins. Pas sur qu`il y ait une solution miracle en-dehors d`un controle serré a tous les niveaux, avec une organisation aussi étoffée que celle du fisc. Il serait bon également que la resquille soie sérieusement dissuadée, tant au niveau des médecins que des établissement de soins ET de la pharmaceutique.

Écrit par : jean jarogh | 22/02/2017

C'est compter sans IBM Watson Health, le disrupteur qui devrait réduire de manière conséquente le cheptel des médecins de premier recours.
Et la suite qui viendra avec l'automation des interventions, la détection et la suppression des tumeurs par les nanoparticules et tout ce que l'intelligence artificielle permettra de réaliser mieux que n'importe quel médecin.
Un jeune étudiant a mis au point un logiciel d'analyse radiographiques qui menace sérieusement ce métier avec une acuité de 30% supérieur à n'importe quel radiologue.
En fait, on commence seulement à mesurer l'ampleur du changement de paradigme qui devrait supprimer à relativement court terme la notion même de travail.
L'explosion du système monétaire sera le déclencheur.

Écrit par : Pierre Jenni | 22/02/2017

D`habitude je suis d`accord avec vous, monsieur Jenni, mais dans le cas de la santé je ne suis pas certain que la technologie puisse réduire sensiblement les couts de la médecine tant que nous vivrons dans un systeme mercantile. D`abord, la haute technologie coute cher a acquérir, d`autant qu`elle évolue rapidement. Il y a aussi la grande importance de l`effet placebo lié a la relation personnelle avec le médecin et le personnel soignant. Enfin, la technologie favorisant particulierement le diagnostique détaillé, les besoins de traitement -et donc du personnel, des médicaments et de la technologie requis- pourraient s`en trouver multipliés. Bien-sur, je peux me tromper.

Écrit par : jean jarogh | 22/02/2017

- « C'est compter sans IBM Watson Health, »

On a vu le résultat avec l'imprévisibilité des résultats retournés par Google Watson, bien plus intéressé à placer les produits de ses sponsors, que de fournir un avis éthique.

D'ailleurs, une fois opérationnel, quelle chance aurait un professionnel de prouver que l'avis de IBM Watson est biaisé, ou même carrément erroné ?

Déjà que les parlementaires n'arrivent pas à dire non aux lobbies ...

Gageons que l'opérateur de la boîte noire Watson du géant bleu IBM sera

Écrit par : Chuck Jones | 22/02/2017

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