15/02/2017

Un franc suisse sous haute surveillance de l'Oncle Sam

La Lex americana, cette manière qu’ont les Etats-Unis d’imposer au reste du monde ce qui leur paraît juste et nécessaire, ne s’applique pas seulement au domaine fiscal. Depuis 1988, date de l’entrée en vigueur d’un dispositif destiné à lutter contre les pratiques commerciales et les politiques de change de certains pays et qui sont – comment, n’est-ce pas, l’expliquer autrement – à l’origine du déficit extérieur persistant des Etats-Unis, le Trésor américain surveille ces pratiques et politiques et fait, deux fois l’an, rapport au Congrès sur le sujet.


Le dispositif en question, dénommé Omnibus Trade and Competitiveness Act, se trouve depuis 2015 épaulé par un texte encore plus incisif, le Trade Facilitation and Trade Enforcement Act, qui permet au Trésor de frapper de pénalités “significatives” les pays qui manqueraient d’adopter des politiques plus “appropriées”. Tout cela, bien entendu, en pleine conformité avec les règles internationales.

Dans le viseur du gendarme américain, on trouve aux premières places les pays présentant traditionnellement les plus gros excédents bilatéraux avec les Etats-Unis, à commencer par la Chine, suivie de l’Allemagne et du Japon. Sept pays au total dégagent ce que le Trésor nomme un surplus “significatif”, arbitrairement fixé à 20 milliards de dollars au moins. Bien qu’à peine équivalent à 0,1% du PIB américain, un tel surplus est néanmoins considéré suffisant pour être retenu comme l’un parmi trois critères justifiant une “évaluation attentive” et, cas échéant, l’enclenchement de la procédure susmentionnée.

Un deuxième critère enfonce le clou en retenant ce que le Trésor appelle un “surplus matériel des comptes courants” qui dépasserait 3% du PIB. Cinq desdits pays sont dans ce cas, avec une palme particulière pour l’Allemagne (plus de 9% du PIB aux dernières nouvelles), ce qui explique sans doute les récentes remontrances adressées par les Etats-Unis à la BCE, accusée par Peter Navarro, le nouveau conseiller au commerce national choisi par Trump, de permettre à l’Allemagne de profiter d’un euro “largement sous-évalué”.

Accusation qui relève d’ailleurs en droite ligne du troisième de ces critères, défini comme la présence d’interventions “unilatérales et persistantes” sur le marché des changes conduisant à l’accumulation de devises étrangères pour un montant total dépassant sur douze mois l’équivalent de 2% du PIB du pays incriminé.

Et là, ô surprise, on trouve deux pays, Taïwan et… la Suisse !

Comme notre brave Helvétie satisfait à deux des trois critères en question (puisque, outre les interventions massives de la BNS ayant conduit à une augmentation de ses réserves de plus de 9% sur la période considérée, notre pays affiche un excédent de sa balance courante durablement supérieur à 10% du PIB), elle se retrouve, pour la première fois, sur une “short list” de pays (six au total) surveillés attentivement par l’Oncle Sam. Bien qu’aucun de ces six pays ne remplisse simultanément les trois critères, et qu’aucun ne soit par conséquent éligible au reproche de manipuler son taux de change, tous ont dû sentir passer le vent du boulet.

On n’ira pas comme certains analystes jusqu’à y voir l’explication de la remontée assez régulière du franc par rapport à l’euro observée depuis octobre 2016, date du dernier rapport bisannuel du Trésor américain. Quoique…

08:33 Publié dans Concurrence, Croissance, Etats-Unis, Monnaie, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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