25/01/2017

La BNS, une "cash machine"

Un lecteur remarque que s’il est intéressant de se pencher sur l’alourdissement du bilan de la Banque nationale suisse (cf. ma dernière chronique), il serait encore plus utile d’en tirer les conclusions. Un gonflement aussi phénoménal des réserves de change est-il dangereux ? Que risque-t-il de se passer si le mouvement continue?


Le risque numéro un d’une création monétaire excessive est en principe celui d’entraîner de l’inflation. La chose peut paraître surprenante tant il n’a été question depuis le début de la crise financière que de risque déflationniste, et que nos indices de prix, qu’ils soient de gros, de détail, de la construction ou de la production, continuent d’afficher une stabilité quasi absolue. A fin décembre 2016, l’indice dit de l’offre totale sur le marché intérieur, qui en est peut-être la meilleure expression, s’affichait à 100.4, soit 0,4% de plus qu’un an auparavant. Et l’inflation sous-jacente (qui exclut le pétrole, le gaz et les matières premières aux prix très volatiles) restait même négative, à -0,4%. Difficile, dans ces conditions, d’évoquer un risque inflationniste, d’autant que la force du franc, jugée intolérable, a au moins cette vertu qu’elle nous protège de l’inflation importée.

Accessoirement, une hausse hors de proportion du total du bilan de la BNS a pour effet que la moindre variation du taux de change se traduit par une variation tout aussi disproportionnée du résultat net de la banque, qui peut désormais se compter par dizaines de milliards de bénéfices (si le franc baisse) ou de pertes (si le franc monte). Est-ce grave docteur ? La symétrie des écarts possibles n’a en réalité aucune conséquence, sinon purement comptable, pour l’Institut d’émission, hormis le fait que de grosses plus-values déclenchent comme on sait une distribution de sa part à la Confédération et aux cantons, alors que des moins-values substantielles peuvent anéantir ses fonds propres et même les conduire en territoire négatif.

Mais là où des banques ordinaires seraient contraintes de déposer leur bilan, la BNS peut sans problème vivre avec des pertes reportées, puisqu’elle crée elle-même les liquidités dont elle aurait éventuellement besoin pour faire face à ses engagements et qui lui permettront toujours, dans la durée, de générer des bénéfices, étant donné que les billets en circulation et comptes de virement, qui correspondent comptablement parlant à des engagements, ne sont ni rémunérés ni remboursables (le franc a «cours légal»), alors que les devises et autres actifs acquis en contrepartie dégagent, eux, un flux constant de revenus. Une banque centrale telle que la nôtre est donc, sous cet angle, une véritable «cash machine».

Reste que des pertes comptables massives résultant, comme déjà dit, d’une forte hausse du taux de change peuvent si elles se reproduisent trop souvent instiller le doute dans les esprits sur la capacité de la banque centrale à conduire sa politique monétaire et sur sa crédibilité en général. Tel est du moins le risque que certains évoquent. Mais on ne leur fera pas l’injure de penser qu’ils tiennent la BNS pour une banque centrale comme les autres : la monnaie qu’elle crée en abondance répond à une demande aussi réelle que structurelle, et ce n’est pas demain la veille qu’elle devra mobiliser ses réserves d’or et de devises pour freiner un hypothétique affaiblissement du franc. Que tout le monde saluerait d’ailleurs !

09:15 Publié dans Banques centrales, Capital, Monnaie, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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