18/01/2017

Trop lourd, le bilan de la BNS ?

Alourdi pour cause de défense du franc, le bilan de la Banque nationale suisse est devenu aux yeux de certains trop volumineux pour permettre la conduite de la politique monétaire. Le moindre écart de cours suffirait en effet à engloutir les fonds propres de la BNS et ruiner pense-t-on sa crédibilité. De fait, les quelque 735 milliards du total de son bilan (dont 680 milliards pour les seules réserves de devises) équivalent à plus de 110% du produit intérieur brut de la Suisse, et dépassent largement les proportions correspondantes observées pour d’autres pays ou espaces économiques : 27% pour la zone euro, 24% pour les Etats-Unis, 19% pour le Royaume-Uni, mais il est vrai 87% pour le Japon.


Ces mises en rapport d’un stock d’actifs avec un flux annuel de production n’ont pas beaucoup de sens. Dans le cas de la Suisse et de sa montagne de créances en euros et en dollars, il y a cependant un aspect rarement évoqué. Si ce minuscule pays, qui ne représente même pas 0,9% du PIB mondial, a été obligé d’accumuler les devises par centaines de milliards ne serait-ce que pour maintenir tant bien que mal un taux de change de sa monnaie qui soit supportable (mais demeure pour autant, de l’avis général, surévalué), c’est que cette monnaie a eu depuis des lustres tendance à dépasser en importance la taille effective de l’économie suisse, et cela pour deux raisons au moins, l’une d’ordre institutionnel, l’autre de nature plus financière.

La première, c’est, ou plutôt ce fut, la pratique d’un secret bancaire absolu, qui a exercé une attirance quasi irrésistible sur la frange la plus discrète de l’épargne mondiale. Bien que sérieusement écornée aujourd’hui, cette manière de maintenir des avoirs à l’abri des regards inquisiteurs d’autorités fiscales étrangères continue de jouir d’une cote d’amour élevée un peu partout autour de la planète. La seconde raison, liée d’ailleurs à la première, est la persistance, depuis presque toujours, d’un attachement de la Suisse à la convertibilité extérieure de sa monnaie, qui a garanti aux capitaux une libre circulation qui leur était souvent refusée ailleurs. De ce fait, le franc a hérité d’une solide réputation d’actif aisément mobilisable et parfaitement fongible, ce qui en a généralisé l’usage bien au-delà des frontières nationales. Résultat, la part du franc dans le chiffre d’affaires quotidien du marché des changes (le «Forex») est, avec l’équivalent de plus de 275 milliards de dollars, supérieure à celle du dollar canadien, et presque égale à la moitié du chiffre d’affaires réalisé en livres sterling, ce qui n’est pas peu dire.

La tendance à l’internationalisation du franc fut, sous le régime de Bretton Woods, une préoccupation constante de la BNS, qui voyait ainsi lui en échapper la maîtrise. L’abandon des changes fixes a déplacé le problème, mais ne l’a pas fait disparaître, bien au contraire, puisque le franc n’a cessé de dangereusement s’apprécier. On connaît la suite : instauration, puis abandon d’un cours plancher jugé trop «coûteux», au profit d’interventions sporadiques mais presque aussi volumineuses pour tenter d’influencer le taux de change d’une monnaie littéralement dopée par sa réputation internationale.

Le bilan proéminent de la BNS n’est en somme que le reflet de cette importance démesurée acquise au cours de l’histoire par le franc. Ni plus, ni moins.

09:26 Publié dans Banques centrales, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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