05/01/2017

L’idée du professeur Tschopp reste actuelle

Il y a un quart de siècle ou presque, le 30 novembre 1992 très exactement, le conseiller national Peter Tschopp déposait une initiative parlementaire proposant l’adjonction aux institutions d’assurances prévues par la Constitution (LAMA, AVS, LPP) d’une «institution fédérale de prise en charge des frais sanitaires et d’encadrement liés au grand âge».


Prudemment transformée en postulat par une Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS) effrayée par l’audace du projet, la proposition du bouillant professeur genevois, disparu trop tôt pour en apprécier la destinée, a depuis connu une succession de nouvelles vies.

La dernière en date de ces résurrections nous est venue d’un conseiller aux Etats et ancien directeur des finances du Canton d’Uri, le radical Josef Dittli, favorable à l’introduction d’un quatrième pilier de la prévoyance consistant en une assurance obligatoire de soins financée par un compte d’épargne obligatoire, individuel et défiscalisé.

Ce «pilier 3c» reprendrait en fait, en les durcissant, des variantes de la même idée avancées les unes par le think tank Avenir Suisse, imaginées les autres par des parlementaires de différents bords, dont la socialiste zurichoise Jacqueline Fehr. C’est dire combien le sujet est dans l’air, et finira tôt ou tard par s’imposer.

Car Tschopp, doutant que ses collègues aient «stocké dans [leur] ordinateur biologique toute l’information pertinente», leur avait expliqué sans ambages que le vieillissement représentait «l’une des modifications sociodémographiques les plus profondes depuis fort longtemps» et que le XXIe siècle serait, «que cela retienne [leur] attention ou non, le siècle de l’accroissement explosif de la population très âgée».

Perspective «littéralement cosmique», tant la proportion de la population devenue totalement dépendante serait importante («on avance des proportions pouvant aller jusqu’à un quart»), et le financement de cette dépendance équivalant à des montants («de l’ordre de 100 000 à 120 000 francs», prédit Tschopp) «que personne ne peut couvrir».

Il faut lire et relire l’argumentation du professeur genevois pour en apprécier toute la force visionnaire et la lucidité.

En voici donc encore un extrait: «Vous me direz», lance-t-il à ses collègues effarouchés, «qu’il faut être professeur d’université ou simplement «Besserwisser» pour s’occuper maintenant de ces questions puisque les démographes prévoient, quoique avec certitude, que le phénomène ne prendra de l’ampleur que d’ici à vingt ou trente ans. Mais si gouverner c’est prévoir et si l’on est en Suisse, il faut s’occuper dès aujourd’hui et sérieusement de ce problème puisque l’expérience institutionnelle et politique nous prouve que dans ce pays, pour mettre en place un nouveau pilier de la sécurité sociale, il faut bel et bien un quart de siècle.»

Nous y sommes, à ce quart de siècle, et les besoins de financement du grand âge ont atteint très exactement, si ce n’est davantage encore, ceux que Tschopp avait prédits. Il valait donc la peine de le rappeler.

07:07 Publié dans Financement des retraites, Finances publiques, Prévoyance, Santé | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.