29/12/2016

Les effets délétères du populisme

Portés par des majorités certes faibles (mais quelles majorités en démocratie ne le sont pas !), des courants idéologiques convaincus de défendre les intérêts du «vrai peuple» profitent de leurs succès électoraux pour mettre en œuvre des programmes aux effets économiques délétères. Qu’ils soient de gauche ou plus souvent de droite, ces mouvements fondamentalement nationalistes et conservateurs ont pour eux l’adhésion des catégories sociales victimes des inégalités grandissantes qui accompagnent la mondialisation. Ils ont beau jeu, aussi, de souligner l’échec des politiques menées par les équipes sortantes, quand celles-ci n’ont pas, en plus, cédé à diverses compromissions et fait montre de beaucoup d’arrogance à l’endroit des exclus du pouvoir. Il leur est d’autant plus facile, dans ces conditions, de satisfaire séance tenante aux promesses de campagne, même si, à la longue,  de telles promesses ne peuvent que léser ceux à qui elles sont pourtant censées profiter.


L’histoire d’après-guerre abonde d’expériences populistes finalement désastreuses. Du dirigisme péroniste au chavisme vénézuélien, les économies latino-américaines sont nombreuses à avoir passé d’une relative prospérité à l’insolvabilité et à la paupérisation pour avoir aligné les promesses intenables. Même constat pour la plupart des jeunes nations émergentes au lendemain de la décolonisation, et mêmes tentations, aujourd’hui, dans les fraîches démocraties d’Europe centrale, à peine dégagées de l’hégémonie soviétique.

L’exemple le plus navrant nous vient peut-être du renversement des valeurs en cours dans la Pologne du parti Droit et Justice (PiS), qui s’ingénie à détruire tout ce que la Plateforme Civique (PO) avait auparavant construit et qui avait fait du pays, fonds européens aidant, l’exceptionnelle réussite que l’on sait. En revenant sur les réformes scolaires du gouvernement précédent, en réintroduisant un âge de la retraite que ce dernier avait sagement reculé pour tenir compte du vieillissement démographique, en distribuant généreusement aux familles des allocations par enfant qui font voler en éclat un équilibre budgétaire jusqu’alors remarquablement respecté, les nouveaux dirigeants appliquent avec obstination, sans aucun égard aux avertissements de Bruxelles et aux appels à la raison d’économistes ayant mené le pays au succès (tel Leszek Balcerowicz, père de la fameuse «thérapie de choc» du début des années 90), un ensemble de mesures qui plaisent à la majorité mais conduiront immanquablement au creusement des déficits et au recul de l’investissement étranger, pourtant si vital pour un pays encore loin d’avoir comblé son retard sur les économies occidentales.

A considérer ce qui se passe en ce moment sur les bords de la Vistule, on ne peut que s’inquiéter de ce qui arriverait, chez nos plus proches voisins, si d’aventure le populisme devait également y triompher.

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Commentaires

En pays non populistes tels la France on note également paupérisation croissante ainsi qu'inversion des valeurs des Lumières désormais jetées par la fenêtre non sans savoir que les promesses électorales ne sont pas tenues et que le "passer de la parole aux actes", à part l'article 49.3 au plus grand mépris de la volonté populaire exprimée par les parlementaires n'est pas.

Ne devrait-on pas renoncer à ces étiquetages en "istes" ou *isme" qui font que dès que l'on ouvre la bouche on est déjà dénoncé ceci ou cela?

François Bayrou aurait formé une équipe intègre et compétente hors partis.

En France déroute complète santé et écoles à un point tel que les parents déscolarisent leurs enfants et les instruisent eux-mêmes à la maison avec les moyens et la culture qu'il faut, d'autres, aisés, choisissent des écoles privées

quels sont les enfants, Monsieur Stepczynski, lésés, et sous quelle autorité gouvernementale?

Educatrice je constatai que pour apporter ce que reçu par la lecture de Chiens perdus sans collier de Gilbert Cesbron il valait mieux être non "contre" le pouvoir en place mais hors de ce pouvoir

de même pour la pratique religieuse non contre l'Eglise mais hors ses murs.

Il serait souhaitable de chercher tous ensemble sans s'en remettre éternellement aux autres les solutions qui s'imposent: l'amour et le respect de l'autre quel qu'il soit comme de soi-même en cherchant toujours ce bon sens garant non de l'accumulation mais de l'évolution.

Soit les dirigeants tiendraient leurs promesses électorales en répondant aux attentes soit ils ne les tiendraient pas et seraient bien qu'en plein mandats remerciés par un peuple, des peuples, redevenus ou en passe de le devenir soit "souverain"!

Ce qui n'est pas le fort du néolibéralisme.

Pas plus, aujourd'hui, du socialisme des années Hollande "revu et corrigé"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 29/12/2016

"En pays non populistes tels la France on note également paupérisation croissante ainsi qu'inversion des valeurs des Lumières désormais jetées par la fenêtre"
Ah parce que le PS français ne serait pas un parti populiste ? Peut-être le plus populiste des partis populistes, à mon avis...

Écrit par : Géo | 29/12/2016

Ce qui serait vraiment top c'est que votre expertise devienne accessible au plus grand nombre grâce aux outils numériques. Dans mes rêves, j'imagine que votre blog soit traduit en langage basique et diffusé largement dans le monde. Histoire de commencer à donner l'accès à une véritable information pour le plus grand nombre. Pas juste ici, dans ce petit coin de terre privilégié, qui vous lit pour se distraire.
Bonne année Monsieur Stepkzinsky, et merci pour vos contributions !

Écrit par : Pierre Jenni | 30/12/2016

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