21/12/2016

Suisse, une bourse qui en dit long

A moins d’un improbable sursaut de dernière heure, la bourse suisse finira l’année 2016 en queue des principales places boursières occidentales, Italie exceptée. Au 16 décembre, l’indice SMI affichait encore un recul de 6,5% depuis le 1er janvier, quand les hausses allaient de 1,8% à Londres à 6,9% à Paris et 10,9% à Francfort.

Comment expliquer ce médiocre classement, alors que l’économie suisse dans son ensemble se porte plutôt bien, que le franc attire du monde, et qu’en raison des intérêts négatifs les investisseurs institutionnels en quête de rendement se tournent vers les actions de préférence aux placements obligataires ?


 

La réponse est peut-être dans la question ! Car c’est précisément la bonne performance enregistrée jusqu’ici en Suisse qui, par le jeu des comparaisons, pénalise les comportements boursiers. Il y a d’abord l’effet mécanique du franc fort sur la valorisation des titres suisses : nos grandes sociétés cotées en bourse sont en réalité pour la plupart d’entre elles des entreprises principalement actives à l’échelle internationale, et encaissent par conséquent des recettes en diverses monnaies qui, une fois converties en francs, s’amoindrissent à volume égal de ventes.

A l’inverse, les sociétés du FTSE, du DAX ou du CAC 40 tirent parti de la faiblesse de la livre sterling respectivement de l’euro pour afficher des résultats, et par conséquent des cours, supérieurs à la moyenne. Il y a ensuite, renforçant cet effet monétaire, un effet de taille : l’étroitesse de leur marché domestique fait que nos vingt valeurs du SMI réalisent presque toutes la grosse part de leur chiffre d’affaires à l’étranger. Pour Novartis, Roche et Nestlé par exemple, qui à elles trois pèsent plus de 60% de l’indice, le marché suisse représente à peine 5% du total d’une activité contribuant pourtant au tiers de l’ensemble des exportations helvétiques et presque au dixième du produit intérieur brut de la Suisse. Rares sinon inexistants sont les exemples, dans le monde, de sociétés pesant d’un pareil poids sur l’économie de leur pays de domicile.

Mais tout ne se joue pas uniquement dans des effets d’échelle et de monnaie. Car si les indices de la bourse suisse, SMI en tête, reculent ou patinent, cela peut également vouloir dire que la valorisation de nos grandes sociétés anticipe une certaine détérioration de la marche de leurs affaires, comme semble d’ailleurs l’indiquer le recul assez manifeste du rapport cours/bénéfice (PER) estimé pour les prochaines années des actions de ces mêmes sociétés.

De l’avis moyen des analystes (du « consensus », comme on dit), le PER de l’action Roche Holding retomberait ainsi de 26,9 en 2015 à 15,1 en 2018, celui de l’action Novartis, de 14,5 à 12,4, et celui de l’action Nestlé, de 25,8 à 18,6. Ratio qui, il est vrai, avait atteint des niveaux particulièrement élevés en 2015, quand on avait toutes les raisons de se féliciter de la robustesse de l’économie helvétique pendant que la conjoncture aux alentours battait encore de l’aile. A chacun son tour, donc…

07:27 Publié dans Finances, suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.