14/12/2016

Croissance: légère brise dans les voiles et lois de la pesanteur

Ce n’est pas encore une franche reprise, mais cela commence à y ressembler. L’économie mondiale, zone euro comprise, semble bel et bien avoir amorcé un retour à la croissance. Le signe le plus immédiat de cette embellie est la hausse des rendements obligataires, conséquence de la liquidation à grande échelle des placements sans risque qui avaient servi de refuge à une épargne apeurée par la crise. La Banque des règlements internationaux à Bâle, qui est en quelque sorte la banque des banques centrales, s’en est fait l’écho dans son dernier bulletin trimestriel, en relevant le parallélisme presque parfait de la réaction des marchés durant les premiers jours qui ont suivi les élections de Ronald Reagan et Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.


En 1980, l’arrivée au pouvoir de l’ancien acteur de cinéma avait aussitôt été interprétée comme la promesse de largesses budgétaires et fiscales, et donc d’une stimulation tout à fait keynésienne de la dépense, tandis que pendant le même temps le démocrate Paul Volcker, à la tête de la Réserve fédérale, s’acharnait à combattre une inflation qui culminait alors à plus de 13%. Ce cocktail explosif d’une politique budgétaire expansive et d’une politique monétaire fortement restrictive – le taux des federal funds passa de 11,2% en 1979 à 20% en juin 1981 ! – eut deux effets successifs: d’abord une envolée du dollar, parti de son plus bas niveau historique (octobre 1979) vers des sommets encore jamais atteints (février 1985), puis une plongée de l’économie américaine dans la récession en 1982-1983, qui allait entraîner la faillite en chaîne des caisses d’épargne américaines, les fameuses «Savings and Loans».

La suite est connue : redescente du dollar aux enfers, succession de changements radicaux de cap monétaire sous l’emprise du resté célèbre Alan Greenspan, successeur de Volcker à la tête de la Fed, qui devait faire zigzaguer les taux directeurs au gré des krachs boursiers (1987) et des épisodes d’exubérance irrationnelle (1996)…

Les supputations entourant l’imminente accession de l’homme d’affaires Donald Trump à la présidence vont donc, semble-t-il, dans le même sens. A cette nuance près toutefois que les gouverneurs du conseil de la Réserve fédérale menés par la très prudente Janet Yellen n’ont pas affaire comme leurs prédécesseurs d’il y a vingt-cinq ans à une économie minée par la stagflation. Il s’est au contraire d’abord agi pour eux d’encourager le redémarrage d’une certaine inflation – ils y ont réussi – et, maintenant que la reprise s’affirme, il leur incombe de fermer, si possible délicatement pour ne pas l’étouffer, le robinet de la création monétaire par le truchement – oh, progressif ! – d’un relèvement des taux directeurs.

Ils devraient y procéder une première fois ces tout prochains jours, et annoncer à l’issue de leur réunion de mercredi une petite hausse d’un quart de pourcent. Ce sera très peu, mais ce sera suffisant pour faire trembler des marchés boursiers qui verront se confirmer ce qu’ils redoutaient depuis un certain temps – bien qu’ils l’aient d’ores et déjà intégré dans les cours –, savoir la fin d’une aisance monétaire inconditionnelle grâce à laquelle ils ont pu jusqu’ici défier les lois de la pesanteur.

La petite brise qui s’est levée sur l’économie mondiale en souffrira-t-elle? A voir.

07:42 Publié dans Banques centrales, Croissance, Etats-Unis, gouvernance, Inflation/déflation | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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