23/11/2016

Populistes de tous pays…

Qu’il soit de gauche ou de droite, le populisme n’a pas le monopole de l’imbécillité économique, même s’il en est la plus répandue des variantes. On le trouve en ce moment tant en Europe qu’aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, où ses ravages se font sentir de l’Argentine au Venezuela, pays naguère prospères et proches aujourd’hui de l’effondrement total. Sa constance dans l’erreur est de s’obstiner à répondre aux appels d’une majorité inquiète par des politiques de satisfaction immédiate : refus de l’immigration, fermeture des importations en provenance de pays à bas salaires, dénonciation des accords commerciaux, subventionnement et au besoin étatisation des secteurs considérés clés, rejet de toute réforme sérieuse de régimes de retraite pourtant menacés par le vieillissement démographique.


Le contenu démagogique, quoique encore flou, du programme annoncé par Donald Trump rejoint en cela, sur beaucoup de points, aussi bien les promesses inhérentes à la «priorité nationale» d’une Marine Le Pen que celles du «projet France» claironné par l’ancien et très passager ministre du redressement productif Arnaud Montebourg. L’art consommé de détruire ce qui fonctionnait à peu près bien pour le remplacer par quelque chose qui ne fonctionne plus du tout est le propre de tous les mouvements populistes arrivés au pouvoir. Il y a chez eux non seulement le souci de répondre aux attentes du “peuple d’en bas”, mais aussi une ferme conviction d’avoir raison, y compris sur le plan théorique, contre les politiques imposées par les “élites”.

Naturellement bien reçues par ceux à qui elles sont destinées, les réponses proposées auront inévitablement pour conséquence de creuser encore davantage les déficits publics et de rendre, à terme, le fardeau de la dette encore moins tenable qu’il ne l’est actuellement. Les dégâts ne sont évidemment pas de même nature pour les pays de moindre importance que pour la puissance dominante. Ceux, parmi les premiers, qui ont cédé à la tentation protectionniste n’ont pas tardé à être sanctionnés par les marchés. En Hongrie, l’arrivée au pouvoir du Fidesz avait été d’emblée sanctionnée par le recul en catégorie spéculative de la note du pays, tout comme, depuis le retour aux commandes des nationaux-conservateurs du PiS, la Pologne accumule les déboires alors que le pays faisait jusqu’ici figure d’élève modèle au sein de l’UE. Le basculement du pouvoir aux Etats-Unis est évidemment d’une tout autre portée et annonce de gros changements. Là où le forint et le zloty avaient été brutalement sanctionnés, le dollar, monnaie centre, est en moins de deux semaines remonté de 5% face à l’euro.

Pour autant, l’explosion programmée de la dépense publique, version actualisée des Reaganomics, n’annonce pas que des lendemains qui chantent pour la première économie du monde. Une monnaie forte détruira le peu de compétitivité des entreprises américaines, réduira les profits qu’elles retirent de leurs investissements à l’étranger, et menacera à nouveau la solvabilité des pays ayant eu la fâcheuse idée de s’endetter en dollars, ce qui se retournera fatalement contre leurs créanciers. Contrairement à ce que d’aucuns imaginent, il y a donc très peu de raisons de se réjouir de la victoire du camp trumpien.

 

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