26/10/2016

«Fonds pour l’avenir suisse»: Quand la Suisse se réveille

En Suisse, tout va lentement, mais finit par arriver. Il y a de cela une bonne trentaine d’années, on commença à suggérer que, de même que certains risques à l’exportation sont couverts depuis 1934, il ne serait pas idiot de couvrir aussi les risques liés à l’innovation. Un projet d’arrêté fédéral «instituant une garantie contre les risques à l'innovation en faveur des petites et moyennes entreprises» fut rejeté en septembre 1985, à une assez forte majorité (56.9% de non).

Depuis, pas mal d’eau a coulé sous les ponts, même si les «conditions-cadres», comme on aime à dire, n’ont pas fondamentalement changé. Les changements structurels évoqués à l’époque sont exactement de même nature que ceux d’aujourd’hui : évolution de l’économie internationale, accélération du progrès technique, montée du protectionnisme.

Une poignée de parlementaires éclairés, rejoints par quelques éclaireurs des médias, sont remontés au front sans relâche, pour finalement réussir à convaincre que l’abondance d’épargne accumulée dans ce pays avait mieux à faire que de se placer sans risque dans des obligations à rendement nul.


On s’apprête ainsi à mettre en route un «Fonds pour l’avenir suisse», dont le conseil de fondation, présidé par l’ancien journaliste de radio Fathi Derder qui s’est démené comme un beau diable pour faire aboutir l’idée (lancée en réponse à la motion Graber), entend faire fonctionner une sorte de «fonds de fonds» captant une – toute – petite partie de la fortune des caisses de pensions et l’investissant dans des technologies d’avenir.

A défaut de pouvoir concentrer cette source de financement aujourd’hui éparpillée entre une multitude de caisses (elles sont près de 1800) jalouses de leur indépendance et peu enclines à s’écarter d’une gestion traditionnelle, il était logique, et politiquement plus prudent, de recourir à ce genre d’intermédiation. On est en Suisse et pas en Californie, où les fonds de pensions, de taille tout autre, n’hésitent pas à investir massivement dans des start-up. Et on part de très loin, puisque nos caisses ne placent guère plus de 2‰ de leur fortune dans des fonds de capital-risque, et qui plus est, en placent l’essentiel à l’étranger. L’objectif est de réunir tout au plus un demi-milliard, sur les 600 et quelque dont ces caisses disposent.

Atteignable? L’avenir nous dira si la formule parvient à attirer les millions espérés. Un lobbying appuyé auprès des pourvoyeurs potentiels de fonds sera en tout cas nécessaire, tant les hésitations, au delà des promesses orales, continuent de dominer. Des expériences similaires, d’initiative privée, montrent qu’il faut souvent rabattre ses prétentions. La plateforme Lyrique  par exemple, cofondée par l’opiniâtre Hans van Swaay, a récemment ramené ses ambitions de collecte de 500 à 200 millions de francs. L’ordre de grandeur est à peu près le même chez d’autres capital-risqueurs.

On ne peut en vouloir aux caisses de répugner à courir l’aventure. En revanche, on pourrait leur suggérer de s’intéresser également au financement d’infrastructures, certes moins rentables que l’innovation, mais en tous les cas plus sûres. Ce serait aussi une manière d’améliorer ces fameuses «conditions-cadres» dont tant dépend.

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