12/10/2016

La Deutsche Bank préfigure le monde de demain

Les ennuis de la Deutsche Bank font irrésistiblement penser à ceux qu’UBS a connus il n’y a pas si longtemps de cela: les deux établissements sont les plus importants de leur pays, leur chute y aurait mis à genoux l’ensemble du système financier, et de même que la Confédération avait volé au secours de notre grande banque, la République fédérale d’Allemagne empêchera à coup sûr et par tous les moyens la sienne de tomber.

Les deux géantes ont vu leur destinée basculer à mi-mai 2007, lorsqu’éclata la crise financière qu’elles ont d’une certaine manière sinon causée, du moins contribué à amplifier. Au rayon des analogies, on rangera, outre les créances douteuses nombreuses à peser sur leurs bilans respectifs, les amendes plus ou moins colossales que leurs agissements sur sol américain, et notamment leur rôle dans la distribution de produits dits toxiques dérivés des crédits subprime, leur ont valu ou vont encore leur valoir. S’y sont ajoutées, dans le cas d’UBS, les amendes ayant sanctionné l’assistance accordée à divers «réfugiés fiscaux» pourchassés par le DoJ.


Il y a bien sûr d’importantes différences entre les deux banques. Malgré sa taille (deux fois plus grosse qu’UBS, c’est la neuvième banque au monde en termes de total du bilan), la Deutsche Bank (80% du PIB allemand) n’atteint pas les proportions qui sont celles d’UBS (une fois et demie le PIB de la Suisse). Son activité sur son marché domestique est moins diversifiée, et sa banque centrale de référence, la Deutsche Bundesbank, n’a pas la liberté d’action de notre Banque nationale suisse, puisqu’elle fait partie du Système européen de banques centrales dont le poste de commandement, certes situé à Francfort, est la Banque centrale européenne (BCE), qui orchestre l’émission de la monnaie unique selon les directive fixées par son Conseil des gouverneurs que préside l’Italien Mario Draghi.

Et si la zone euro s’est donné quelques moyens pour stabiliser son système bancaire, il n’est pas dans les cordes de la BCE de repêcher une banque allemande comme la BNS l’avait fait en parquant les actifs invendables de la première banque helvétique dans une structure de défaisance.

Mais la plus grande différence est peut-être ailleurs. Alors qu’UBS prospérait avant la crise, la Deutsche Bank souffre, comme beaucoup d’autres banques allemandes d’ailleurs, d’une incapacité chronique à dégager une profitabilité suffisante, malgré un levier nettement plus marqué que chez ses congénères : il y a quelques années encore (OCDE 2014), son ratio de fonds propres de base demeurait, avec à peine plus de 2%, le plus bas de toutes les grandes banques internationales. La cause ? Un «modèle d’affaires» incohérent et difficile à réformer, comme en témoigne un effort de restructuration amorcé en 2012, relancé en 2015, et dont l’achèvement n’est annoncé que pour 2020…


Enfin on ne peut s’empêcher de penser que les malheurs de la DB, comme ceux d’autres grandes banques, préfigurent le monde financier de demain. Un monde qui sera régi par des algorithmes ayant marginalisé, et peut-être même rendu parfaitement inutile, l’intermédiation bancaire au sens où nous l’entendons aujourd’hui.

06:45 Publié dans Air du temps, Banques, Capital, Europe, Finances, Futur, Monnaie, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Si, comme vous le suggérez, la chute de la DB "aurait mis à genoux l'ensemble du système financier", je me demande pourquoi elle n'aurait pas pris ce risque pour renvoyer la balle au gendarme US et lui faire prendre conscience qu'à force de vouloir mettre les autres à l'ordre sans remise en question de son propre système, il se serait tiré une balle dans le pied.
Car s'il est un Etat qui aurait de la peine à se remettre d'un effondrement du système financier, c'est bien l'oncle SAM.

Écrit par : PIerre Jenni | 13/10/2016

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