15/09/2016

Hypothèques: vers une crise des subprimes façon helvétique?

Patrik-Gisel raiffeisen.jpgS’acheminerait-on, imperceptiblement, vers une crise des subprimes façon helvétique? L’hypothèse, en soi improbable tant les caractéristiques de notre marché diffèrent de celles qui régnaient à l’époque sur le marché américain, n’en est pas moins concevable «toutes choses égales par ailleurs». La croissance du volume des financements hypothécaires aux Etats-Unis était alors à peu près aussi rapide qu’elle l’est aujourd’hui en Suisse, même si elle empruntait d’autres canaux – les crédits bancaires directs ici, leur titrisation là-bas.


La relation entre l’évolution des prix et celle de la charge de la dette était du même ordre, même si, sur le marché américain, c’était une plus-value rapide, censée durer, des biens immobiliers qui «finançait» le niveau relativement élevé des charges hypothécaires, alors que chez nous cette plus-value est faible, mais les taux d’intérêt remarquablement bas. En d’autres termes, les conditions initiales semblent identiquement réunies pour qu’un accès à la propriété apparaisse à portée de main pour des catégories de foyers pourtant à la limite de l’insolvabilité en cas de retournement du marché.

Aux Etats-Unis, le marché s’est retourné peu après que la Réserve fédérale eut relevé ses taux de 1% à 5%, déclenchant cette fameuse crise des subprimes. En Suisse, il ne faudrait pas beaucoup de resserrement des taux pour qu’une partie des emprunteurs actuels ne puissent plus faire face à leur échéances. Raison pour laquelle les banques calculent en général une charge supportable sur la base d’un taux hypothécaire théorique de 5%, indépendamment d’un apport de fonds propres de l’ordre de 10% à 20% de la valeur du bien.

Or voici que ces conditions sont jugées trop sévères par le patron du groupe Raiffeisen. Dans une interview accordée à des journaux suisses alémaniques, son nouveau directeur général, Patrik Grisel (photo), estime en effet que soumettre l’octroi d’un crédit hypothécaire à une charge mensuelle théorique totale de 7% (5% pour une hypothèque à taux fixe sur 10 ans, 1% d’amortissement et 1% de frais d’entretien) représente une barrière infranchissable pour nombre de jeunes ménages. Et de postuler un assouplissement considérable de ces règles, sous la forme par exemple d’un allongement de la durée du prêt, d’un étalement de l’apport de fonds propres, et d’un abaissement du taux hypothécaire calculé à 3%, en lieu et place des 5% actuels.

Les candidats supputatifs à l’acquisition de leur logement applaudiront des deux mains, mais mesurent-ils le risque encouru ? Et surtout, les banques prêtes à s’affranchir ainsi des liens qu’elles se sont elles-mêmes imposés – à commencer par Raiffeisen, qui continue de dépasser toutes les autres en termes de croissance des prêts hypothécaires – résisteraient-elles à l’avalanche de ventes à l’encan qui ne manquerait pas de se produire si les taux d’intérêt remontaient brusquement ?

Une consœur de la NZZ se demande si le fait de voler ainsi au secours des jeunes familles ne revient pas à l’occurrence à jouer avec le feu. On ne peut que lui donner raison, en rappelant comme elle l’exemple des Pays-Bas, où les prix des logements avaient baissé de près de 16% après 2008, ou encore celui de la crise immobilière survenue en Suède au début des années 90, qui avait failli coûter la vie à l’ensemble du système bancaire. Nous n’en sommes certes pas là, mais qui peut savoir où en seront les taux dans une dizaine d’années ?

09:21 Publié dans Banques suisses, Dette, suisse, Taux d'intérêt | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.