07/09/2016

La Banque nationale suisse possède un gros morceau d'Apple

bnd apple.jpgL’affaire est passée presque inaperçue en Suisse. Et pourtant, plus que toute autre banque centrale, bien davantage aussi que nombre de grands fonds d’investissement, notre Banque nationale accumule une proportion considérable d’actions étrangères.

A l’heure actuelle, 20% du total de ses placements de devises, soit la bagatelle de 128 milliards de francs, sont constitués de titres de tout premier ordre. La moitié de cette somme est placée en actions de grandes sociétés américaines, dont pas moins de quelque 1,5 milliard de dollars en actions Apple (la première position de son portefeuille), ce qui fait jaser la terre entière. Non seulement parce qu’une banque centrale concentre ainsi ses placements, mais aussi parce qu’elle n’a cessé d’empiler les actions de la firme de Cupertino quand le reste des investisseurs s’en séparaient (à l’exception notable de Berkshire Hathaway, la société d’investissement de Warren Buffet, qui en a acheté également pour un bon milliard de dollars).


Au delà de l’anecdote, il y a beaucoup à dire sur la politique de placement de la BNS. Même si la Banque se défend et insiste sur le fait que son portefeuille est géré de manière passive «conformément à des règles préétablies, sur la base d’une référence stratégique (benchmark) consistant en une combinaison d’indices boursiers sur plusieurs marchés et dans différentes monnaies», le fait est que ses achats d’actions étrangères, qui ont débuté en 2005 de façon modeste, ont régulièrement gagné en importance depuis lors.

Commentaire de Fritz Zurbrügg, membre de sa direction générale, en 2012, quand cette proportion était passée des 10% initiaux à 12% du portefeuille : «Si l’introduction d’actions peut réduire le profil de risque grâce à la diversification qu’elle permet, cela n’est vrai que jusqu’à un certain niveau. Nous estimons que ce niveau d’actions se situe entre 0 et 5% du portefeuille […] Un risque supplémentaire peut aller à l’encontre du critère de sécurité que suit la BNS pour ses placements». Bigre! A 20%, proportion atteinte à l’heure actuelle, on s’est manifestement éloigné dudit critère, ce qui exige quelque explication.

La BNS ne dit pas pourquoi elle a quasiment doublé ses placements en actions en l’espace d’à peine trois ans, si ce n’est pour relever dans ses rapports de gestion combien ses réserves monétaires ont progressé pour les raisons que l’on sait. En revanche, elle insiste sur l’obligation qu’elle s’est faite d’améliorer le rapport rendement/risque de ses placements.

Ce que l’on pourrait traduire par la nécessité, devenue plus pressante depuis que son bilan a gonflé démesurément, d’engranger de plus substantiels bénéfices afin principalement, peut-on supposer, de répondre à l’attente de la Confédération et surtout des cantons qui comptent, en ces temps de disette fiscale, sur une meilleure régularité de leur distribution.

Pour autant, précise haut et fort la BNS, il est hors de question de créer un fonds souverain, opération qui entraînerait à son avis toutes sortes d’inconvénients d’ordre juridique, théorique et même financier. Il n’empêche qu’à considérer les ordres de grandeur de ses placements en actions et des dividendes qui en résultent pour son compte d’exploitation, on n’est pas loin d’aboutir aux mêmes résultats. Mais, bien entendu, cela n’a rien à voir avec un fonds souverain.

08:51 Publié dans Banques centrales, Finances publiques, gouvernance, suisse | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Il serait souhaitable que la BNS introduise des critères éthiques et de durabilité afin de diriger ses placements vers des instruments financier honorables.

Écrit par : El Captain | 07/09/2016

La BNS s'est dotée depuis 2004 de «directives de placement» qui prévoient notamment qu'"afin d’éviter tout conflit d’intérêts, [elle] renonce en principe à investir dans des actions de banques et d’autres établissements similaires à moyenne ou à grande capitalisation de pays industrialisés. De même, elle renonce à investir dans des entreprises qui produisent des armes prohibées par la communauté internationale, qui violent massivement des droits humains fondamentaux ou qui causent de manière systématique de graves dommages à l’environnement".
C'est déjà ça.

Écrit par : Marian Stepczynski | 07/09/2016

Les commentaires sont fermés.