24/08/2016

Les calculs d’épicier de la prévoyance

Si notre prévoyance à trois piliers, modèle de réussite actuarielle, suscite partout l’admiration, elle s’avère en réalité plus coûteuse qu’efficace, du moins si l’on en juge par son résultat, savoir le taux de remplacement du dernier salaire.

La Suisse se classe en effet à cet égard quelque part entre le vingtième et le trentième rang mondial, avec un taux de l’ordre de 40%, ce qui ne l’empêche pas de connaître, elle aussi, des difficultés croissantes de financement. Les perspectives démographiques pèsent sur l’avenir de l’AVS et, alliées à la faiblesse des rendements financiers, menacent également l’équilibre des caisses de pensions.


Le projet «Prévoyance vieillesse 2020» du Conseil fédéral se heurte comme on sait à diverses résistances, en dépit de son caractère équilibré et du gradualisme des sacrifices demandés, au contraire de l’initiative dite «AVSplus» qui, elle, ne fait pas dans le détail et demande toute simplement une hausse de 10% des rentes de vieillesse du 1er pilier à rebours complet, affirment ses opposants, des efforts qui s’imposent pour consolider l’édifice de la prévoyance, puisque même le financement des rentes à leur niveau actuel n’est plus assuré.

Sous l’angle strictement comptable, la condamnation est sans appel. , son compte de capital sera à sec d’ici 2030, et le déficit de répartition risque de dépasser les 8 milliards de francs d’ici 2030. En termes de prévoyance, le verdict n’est pas meilleur : malgré la dizaine de révisions intervenues depuis 1948 (et singulièrement celles de 1973 et 1975 qui ont conduit au doublement des rentes), l’objectif constitutionnel de garantie d’un minimum vital n’est toujours pas atteint. Raison pour laquelle, d’ailleurs, un régime obligatoire de la prévoyance professionnelle avait été introduit dix ans plus tard.

Avec succès ? Voire. Pour les bas et moyens revenus, le 2e pilier ne parvient pas à hisser le taux de remplacement au dessus de ces fameux 40%. La rente AVS demeure donc, pour une majorité de retraités, l’essentiel de leurs moyens d’existence. Il n’est donc pas socialement illogique de la défendre et, mieux, de la revaloriser.

L’obstacle du financement est bien sûr de taille. Aux 8 milliards prévisibles sans rien faire s’ajouteraient, selon les calculs d’experts, au bas mot 4 à 5 milliards de surcoût si les rentes étaient relevées de 10%. Augmentation «majeure» du financement de l’AVS, comme l’affirme le Conseil fédéral ? Tout est relatif, et surtout tout dépend du mode de financement choisi. Une hausse des taux de cotisation ne ferait que renforcer l’effet très (trop) fortement redistributeur de l’AVS, et une augmentation supplémentaire de la TVA, bien que préférable du point de vue économique, serait tout aussi mal vue.

Resterait la solution, démographiquement justifiable, du recul de l’âge de la retraite, d’ores et déjà prudemment avancée par le Conseil fédéral dans son projet de réforme. Mais ceux-là mêmes qui soutiennent l’initiative sont les premiers à n’en pas vouloir, au motif compréhensible qu’une augmentation du nombre d’années de travail et de cotisation donnant droit à une retraite nous éloignerait de fait encore davantage de l’objectif constitutionnel.

On risque donc bien de renvoyer au placard une proposition qui est pourtant, convenons-en, à la hauteur des moyens budgétaires et des prétentions à l’excellence de l’un des pays les plus avancés au monde.

07:15 Publié dans Assurances, Capital, Financement des retraites, Prévoyance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

L'AVS et les diverses assurances sociales ont toujours été en chantier pour diverses raisons économiques, démographiques et autres.
La politique est assurément l'art d'accommoder les restes.
La solution qui s'imposera universellement à relativement court terme a heureusement été débattue pour la première fois dans les urnes en Suisse. Le RBI qui a été massivement rejeté par le souverain, influencé par une classe politique unanime, va revenir par la grande porte.
Car toutes les propositions de révisions de nos trois piliers, même si elles passent la rampe en votation populaire, ne seront que des sparadraps sur des jambes de bois.
Pour trois raisons principales :
- Augmentation démographique spectaculaire : La population humaine aura décuplé à la fin de ce siècle en l'espace de trois cents petites années. Chaque jours, la planète capitalise 240'000 naissances de plus que de décès. Et ce, malgré deux guerres mondiales et plusieurs holocaustes.
- Augmentation importante de l'espérance de vie : De près de deux ans chaque décennie et avec une évolution d'envergure promise par la médecine génétique.
- Quatrième révolution industrielle : Robotisation et numérisation des tâches qui devraient consacrer l'ère des loisirs et ramener les valeurs du travail (Arbeit macht frei) au rang des incongruités de l'histoire. Le FMI, le WEF, l'OMC, le BIT et tous ces acronymes dont s'affublent les plus grandes institutions mondiales annoncent en coeur depuis quelques années la suppression du travail rémunéré pour plus de la moitié de la population active d'ici 2025.
Alors Monsieur Stepczynski, à quand un petit mot visionnaire, des pistes ou des scenarii ? C'est peut-être trop demander à un économiste, mais ce serait un exercice de santé publique.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/08/2016

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