10/08/2016

L’exception helvétique, c’est fini ?

Longtemps, la Suisse a semblé échapper à la morosité ambiante. Une demande soutenue, un faible chômage, des comptes publics à l’équilibre, une balance courante largement excédentaire, étaient là pour expliquer au monde que ce pays avait toutes les raisons de se considérer comme meilleur que les autres. Mais voilà, les panneaux indicateurs sont passés du vert à l’orange, et même au rouge s’agissant des exportations de machines et de montres. La croissance s’est arrêtée, et avec elle l’emploi. Plus frappante encore, et plus décisive aussi pour l’évolution à venir, la contribution de la consommation privée au produit intérieur brut, qui forme le socle de la dépense domestique, est tombée en territoire négatif au premier trimestre de l’année, pour la première fois en quinze ans. Le recul est minime, mais la tendance est baissière depuis le déclenchement de la crise financière, signe que la capacité de résistance de l’économie suisse s’est progressivement amoindrie.


A l’origine de cet affaiblissement, il y a bien sûr, en première place, l’abandon soudain du cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro, qui a d’abord pris à contre pied les entreprises, nombreuses, qui n’avaient plus considéré utile de se couvrir contre les risques de change, puis a placé les mêmes devant une compression durable – voire carrément insupportable pour nombre d’entre elles – de leurs marges, et donc de leur capacité de concurrence.

Mais il n’y a pas que le taux de change. Il y a aussi, hors de portée des instruments de la politique monétaire, l’affaiblissement de la conjoncture sur quelques-uns de nos principaux marchés d’exportation (Allemagne, Chine) et, sur le plan intérieur, l’érosion marquée du pouvoir d’achat, que les méthodes actuelles de la comptabilité nationale peinent à cerner. Elles mesurent en effet l’évolution de la dépense totale des ménages, composante majeure du PIB, sans distinguer la part de leur revenu net disponible de celle constituée par des dépenses incompressibles qui en représentent pourtant au bas mot le tiers. Or ce sont sans doute en bonne partie ces dernières, par nature stables, qui expliquent la résistance de la consommation privée, et non l’humeur acheteuse des ménages, plutôt en berne depuis cinq trimestres si l’on en croit la dernière enquête sur le climat de consommation (juillet 2016). Les loyers, rare vertu des taux négatifs, ont certes cessé d’augmenter, l’essence n’est pas chère et les produits alimentaires de base sont restés stables, mais les primes d’assurance maladie et les coûts de la santé en général annulent en bonne partie sinon en totalité ces modestes éléments positifs.

Si tout cela se confirme, il se vérifierait que l’avenir n’est plus tout à fait aussi rose qu’on tendait à s’en convaincre. Il se justifierait alors que les prévisions budgétaires établies par la Confédération pour 2018 et au-delà débouchent sur de sérieux déficits, et que celles des cantons les plus exposés aux conséquences financières de la réforme de l’imposition des entreprises les conduisent à broyer du noir, beaucoup de noir.

07:31 Publié dans suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Monsieur Stepczynski, tout à fait d'accord avec votre analyse, cependant, pourriez-vous me donner une explication concernant les baisses et les hausses brutales opérées par la Suisse de ces dernières années ?

Tant juridiquement qu'économiquement ??

Merci

Écrit par : Corto | 15/08/2016

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