04/08/2016

La bombe à retardement des taux fixes

Mon ami du Valais est très remonté contre les banques. Son beau-fils, qui rêvait depuis longtemps d’accéder à la propriété, va probablement accepter de contracter un emprunt à taux fixe sur dix ans, encouragé en cela par sa banque – sans doute un institut régional – qui lui suggère de choisir un amortissement limité au strict minimum. Non seulement, lui a-t-on expliqué, il déboursera ainsi bien moins que son loyer actuel grâce au bas niveau des taux d’intérêt, mais encore il fera une économie d’impôts, puisque les charges hypothécaires sont intégralement déductibles du revenu. Il aura la belle vie, pourra partir chaque année en vacances, changer régulièrement de voiture. Dix ans, c’est tellement loin…


Sauf que nul ne sait où en seront les taux hypothécaires lorsqu’il s’agira de renouveler l’emprunt, ce à quoi la banque s’est bien gardée de rendre son client attentif. Mon ami ne décolère pas : pourquoi, bon sang, ne pas profiter justement de ces conditions exceptionnelles pour accélérer l’amortissement de sa dette, en maintenant par exemple la charge mensuelle totale à hauteur du loyer payé jusqu’ici !

Il se peut, certes, que les taux hypothécaires demeurent relativement bas ces prochaines années, mais il suffirait qu’ils rejoignent d’ici là leur moyenne historique, presque trois fois supérieure à leur niveau actuel, pour que la charge de la dette devienne d’un seul coup insupportable. Pris à la gorge, bon nombre de débiteurs hypothécaires ayant succombé à la tentation n’auraient alors d’autre choix que de se dessaisir de leur bien au plus mauvais moment, le marché se trouvant alors doublement orienté à la baisse, premièrement pour cause d’offre désormais excédentaire, et deuxièmement sous l’effet dépresseur qu’exerce mécaniquement sur les prix de tous les actifs (immeubles, obligations, métaux, etc.) une remontée rapide des taux d’intérêt. Ce ne serait pas tout à fait un «remake» de la crise des subprime, mais cela y ressemblerait fort, et ce serait même d’un certain point de vue encore plus tragique, puisque à la différence de ce qui s’était passé alors aux Etats-Unis où les ménages insolvables abandonnaient simplement leurs maisons, nos malheureux propriétaires obligés de vendre leur bien à perte demeureraient pour autant redevables d’une dette de même montant nominal.

Tous les «primo-accédants» à la propriété ne commettent pas l’erreur de considérer les taux actuels comme susceptibles de durer pour l’éternité, et la plupart des banques se fondent sur des niveaux bien plus élevés (de l’ordre de 5%) pour calculer un taux d’effort jugé supportable. N’empêche que le risque existe qu’après une bonne décennie de taux anormalement bas, les conditions finissent par se resserrer sur le marché hypothécaire, et il est quasiment certain qu’en conséquence de l’arrivée à un âge avancé des générations du «baby boom», le marché immobilier se trouve encombré d’objets proposés à la vente. Mais allez expliquer cela à de jeunes ménages confrontés aujourd’hui à la pénurie de logements !

 

07:58 Publié dans Banques, Capital, Dette, Finances | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

Très juste !
Mais rien n'empêche l'emprunteur de fixer ses taux de remboursement en accord avec la banque. Fixer le montant d'amortissement annuel de telle sorte qu'avec les intérêts cela corresponde à l'ancien loyer.

Ceci dit, la crise actuelle n'est pas prête de faire place à une période d'euphorie. La situation économique européenne (y compris la Suisse) est au plus bas. Il n'y a qu'à voir la cote boursière de la plupart des banques. En particulier les banques allemandes et suisses qui ont toutes perdu plus de la moitié de leurs valeurs (au minimum !).

Et les conflits sociaux (France en particulier), la guerre en Syrie et Irak, les tensions en Turquie, le Brexit, les tensions au sein de l'UE, les élections US, tout ça n'est pas fait pour arranger les choses.

A mon humble avis, nous sommes à la veille d'une nouvelle crise, celle des crédits à très court terme. La crise des cartes bancaires.

Écrit par : Lambert | 04/08/2016

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