27/07/2016

Le comment et le pourquoi du déclin de la productivité

personne foule ocede chomeurs travailleur.jpgIl y a quelque chose d’assez extraordinaire et inexplicable dans le fait que le foisonnement d’innovations auquel nous assistons dans les domaines les plus divers ne s’accompagne pas d’une explosion de l’activité d’investissement, et qu’à la différence de celles qui l’ont précédée, la révolution industrielle que nous vivons depuis quelques décennies n’amène qu’augmentation des inégalités et baisse continue des gains de productivité.

Ce dernier point est peut-être le plus surprenant. Car comment comprendre que le progrès technique, d’ordinaire source de mieux être ou en tout cas de meilleure diffusion d’éléments de prospérité, se heurte désormais au scepticisme général, et se dissipe dans ce qui ressemble de plus en plus à un amas inconsistant de données dépourvues de sens et d’informations redondantes ?


 

Dans une récente étude, l’OCDE tente de percer le mystère et s’attache à dénombrer les causes possibles de ce déclin paradoxal d’efficience qui frappe désormais l’ensemble des économies, qu’elles soient matures ou, comme on dit, émergentes. Plusieurs de ces causes sont bien connues, et sont étroitement liées à la montée des inégalités qui en résultent autant que, par une sorte de circularité, elles en marquent l’origine. Mais d’autres le sont moins, et méritent qu’on s’y intéresse.

Ce que l’on commence à  mieux percevoir par exemple, c’est, davantage que le simple ralentissement de la productivité, sa dispersion entre les entreprises et régions qui se trouvent – pour reprendre la terminologie employée par l’OCDE – «à la frontière technologique», et celles qui en demeurent éloignées ou s’en trouvent exclues. La dispersion peut être de nature tout bonnement géographique : régions urbaines et grandes villes «situées à la frontière» qui attirent talents et capitaux, contre régions «à la traîne», rurales ou à tout le moins périphériques, plus vulnérables aux chocs externes.

Mais il y a aussi, phénomène jusqu’ici moins remarqué, les distorsions nées de la captation des rentes par les entreprises situées à cette fameuse frontière technologique, et de l’aptitude de ces mêmes entreprises à attirer les travailleurs «dotés des nouvelles compétences horizontales requises pour tenir le rythme rapide de l’innovation». A l’inverse il y a ces situations, résultat de politiques à courte vue, d’entreprises peu performantes maintenues en vie,  «qui restent sur le marché plutôt que de disparaître, et accaparent des ressources précieuses au profit d’activités improductives». De telles situations, que l’OCDE qualifie par prudent euphémisme de «contraintes structurelles restreignant la concurrence», constituent autant de barrières à l’entrée (et à la sortie) du marché, qui creusent le «mésappariement des compétences» d’où naissent les inégalités et où s’épuisent les gisements de productivité.

Que retenir de tout cela ? Qu’il y a beaucoup à revoir dans les politiques économiques, trop vite inclines au protectionnisme et fâcheusement portées à la conservation des structures. Et beaucoup à faire en matière d’éducation et de formation professionnelle. Sans parler de la libre concurrence, peu populaire chez nous encore moins qu’ailleurs, et pourtant seule à même de faire disparaître les rentes et tomber les barrières.

06:02 Publié dans Chômage, Concurrence, Croissance, Emploi, Industrie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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