13/07/2016

Grandes banques ratatinées, mais encore ?  

Comment expliquer que les cours des actions de nos deux grandes banques aient été divisés par six pour l’une et neuf pour l’autre depuis le déclenchement de la crise en 2007, effaçant du même coup des dizaines de milliards de capitalisation boursière ? Comment se peut-il que ces deux géantes qui, il y a quelques années encore, comptaient parmi les principales institutions financières du monde tout en faisant la pluie et le beau temps sur le plan local, ne soient plus que la pâle copie de ce qu’elles étaient alors?


La Bourse, terrain privilégié des comportements les plus grégaires, tend certes à exagérer la réalité des faits. UBS comme Credit Suisse se sont adaptées dans la douleur aux nouvelles exigences fixées par les régulateurs : leurs bilans ont été réduits d’un bon tiers, leurs fonds propres sérieusement renforcés, la part de leurs créances risquées ramenée à des proportions gérables y compris dans les pires des scénarios.

Dans son dernier rapport de stabilité financière, la Banque nationale suisse leur a accordé globalement son satisfecit même si, comme de bien entendu en Suisse, on aimerait être encore meilleurs que les autres, ce qui signifie en l’occurrence qu’une application à la lettre de la dernière version des dispositions applicables aux établissements financiers trop grands pour être mis en faillite (“ TBTF 2 ”), mises en vigueur le 1er juillet, supposera encore quelques efforts en matière de recapitalisation.

Mais le déficit d’explication est encore là. Pourquoi pareil ratatinement des grandes banques, en Suisse comme d’ailleurs dans l’ensemble de l’Europe, qui s’est poursuivi à un rythme que même la Banque des règlements internationaux (BRI) a jugé suffisamment préoccupant pour lui consacrer une bonne partie de son dernier rapport annuel ?

Tout, en fait, y a concouru : l’atonie conjoncturelle générale, le niveau ridiculement bas des taux d’intérêt (en même temps que le risque qu’ils remontent rapidement si les banques centrales se mettaient soudainement en tête de renverser la vapeur), la faiblesse des cours des matières premières et singulièrement du pétrole, les prises de risque excessives d’investisseurs institutionnels en quête éperdue de rendement, bref, l’incertitude générale qui entame la confiance et s’avère encore plus toxique que les produits dérivés à l’origine de la crise.

Les grandes banques ont commis beaucoup de fautes par négligence ou, pire, par ignorance délibérée des règles de prudence les plus élémentaires, mais elles sont surtout le reflet fidèle du monde qui les entoure et qu’elles font fonctionner. La Suisse va – encore – un peu mieux que le reste de la planète, de sorte que les affaires domestiques de nos deux grandes banques se portent également mieux que leur activité à l’étranger, d’où leur volonté d’y concentrer davantage d’attention.

Toutes choses qui ne peuvent laisser les banques locales indifférentes. Même si nos deux grandes banques se taillent aujourd’hui une part (47%) du total des bilans bancaires nettement moindre que celle qui était la leur en 2007 (68%), leur poids demeure écrasant, et le moindre changement de leur politique d’affaires sur le plan domestique modifiera substantiellement les conditions de concurrence qui en résulteront pour les quelque deux cent cinquante banques restantes. De cela, les cours actuels des actions UBS et Credit Suisse ne disent mot.

 

10:12 Publié dans Banques suisses, Capital | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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