28/06/2016

La Suisse lorgne déjà vers le large

Dans quelle mesure le tumulte provoqué par le Brexit risque-t-il d’affecter l’économie suisse ? Bien malin, à ce stade, qui pourrait le dire. Ce que, en revanche, on peut d’ores et déjà constater, c’est que depuis une dizaine d’années, la crise aidant, nos entreprises ont pris soin d’adapter leurs stratégies de présence sur les marchés. Les statistiques que la BNS publie en ligne sur les investissements directs et l’évolution des effectifs des filiales à l’étranger d’entreprises établies en Suisses indiquent en effet très clairement une réorientation progressive des activités en direction de nouveaux groupes de pays : pays du «BRIC» bien sûr (Brésil, Russie, Inde, Chine), mais aussi pays de l’Est ayant rejoint l’Union européenne, partis certes de niveaux très bas, mais en train de rejoindre des places plus qu’honorables.


Pour autant, les Etats-Unis demeurent à tous égards le premier partenaire de la Suisse. En une dizaine d’années (2004-2013), nos investissements directs y ont augmenté de près de 110 milliards pour atteindre 194 milliards de francs, sur un total de plus de 1’064 milliards – ce qui fait de la Suisse, soit dit en passant, l’un des plus gros (le 9e) investisseurs au monde. Le Royaume-Uni ne compte certes pas pour beurre ; plaque tournante de l’activité financière européenne et même mondiale, il demeure l’une des toutes premières destinations de nos placements de capitaux, juste après les Etats-Unis (si l’on fait abstraction du Luxembourg où se concentrent, pour l’essentiel, les flux de fonds en provenance des banques, sociétés financières et holdings domiciliées en Suisse).

Mais cette position dominante de la City n’est plus aussi flamboyante qu’il y a quelques années. Si nos investissements directs ont continué d’y croître bon an mal an au rythme de quelque 3 milliards par année, soit d’un peu plus de 60% au total depuis 2004, une cinquantaine d’autres destinations ont enregistré des taux de progression encore plus importants. Et nos exportations de capitaux vers les pays de l’Est ont même dépassé celles à destination du Royaume-Uni !

Ce déplacement progressif des centres de gravité est encore plus frappant si l’on considère l’évolution des effectifs à l’étranger. Les pays où ceux-ci ont le plus augmenté sont, dans l’ordre, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, l’Allemagne, le Brésil et la Pologne. On lit dans ces chiffres l’effet, d’une part, du basculement de la croissance au profit des économies émergentes, et l’accentuation, d’autre part, du phénomène des délocalisations. A elle seule, par exemple, la création par nos entreprises d’emplois dans les anciens pays de l’Est (52'000 de plus en une petite décennie) a dépassé l’augmentation des effectifs employés en Allemagne (42'000). A titre de comparaison, le personnel engagé par nos entreprises au Royaume-Uni durant la même période n’a progressé que de 7’000 unités.

Des statistiques plus récentes (les séries, sans rupture, s’arrêtent pour l’instant à 2013) nous diront si ces évolutions se sont poursuivies, et en particulier si l’abandon du cours plancher et l’annonce du Brexit auront entraîné de nouvelles inflexions dans les rapports que l’économie helvétique entretient avec son environnement international. Mais tout porte à penser que la Suisse, qui lorgne depuis longtemps vers le large, ne devrait pas trop souffrir du divorce entamé entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.

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