15/06/2016

La solution est dans le coffre

La Commerzbank, qui n’est pas n’importe quelle banque allemande (c’est même la deuxième, par ordre décroissant d’importance, derrière la Deutsche Bank), réfléchit sérieusement à l’éventualité de déposer sa trésorerie dans des coffres-forts plutôt que de continuer de la voir ponctionnée au taux de la «facilité de dépôt» (-0,40%) appliqué depuis le mois de mars par la Banque centrale européenne. La Münchener Rück, ou Munich Re, plus gros réassureur mondial loin devant notre Swiss Re, aurait même commencé à parquer quelques dizaines de millions d’euro dans des safes, histoire, là aussi, d’échapper à la pénalité.


L’instauration par les banques centrales d’intérêts négatifs frappant les avoirs à vue que les établissements bancaires et d’autres grandes institutions financières entretiennent auprès d’elles a pour but, dans son principe, de les inciter à accroître leurs prêts aux entreprises et aux ménages, plutôt qu’à se contenter de thésauriser les liquidités généreusement mises à leur disposition par des politiques monétaires de plus en plus expansives. Il se trouve en effet que les rendements dégagés par les marchés financiers sont tombés tellement bas, et même en dessous de zéro pour les actifs réputés sûrs tels les emprunts d’Etat, qu’il ne vaut plus la peine, au sens littéral du terme, de courir le moindre risque. Alors, n’est-ce pas, autant dans ces conditions garder du cash ! Il ne rapporte rien certes, mais pas moins qu’eux, est en tout temps mobilisable, et prend même de la valeur en situation de déflation.

C’est donc pour déjouer cette manière assez basique d’éluder le mécanisme de transmission de la politique monétaire que les banques centrales ont imaginé, après d’autres hardiesses tout aussi inédites (l’achat d’obligations même non gouvernementales), de rémunérer négativement les dépôts à vue effectués auprès d’elles. Il leur a même fallu pour cela descendre de plus en plus bas, au fur et à mesure qu’augmentait la frilosité bancaire : le taux de la facilité de dépôt de la BCE, qui était encore de 3,25% en octobre 2008, est ainsi tombé à 0,0% en juillet 2012, avant de passer à -0,10% en juin puis -0,20% en septembre 2014, à -0,30% en décembre 2015, et finalement -0,40% aujourd’hui.

La Banque nationale suisse, comme on sait, a frappé encore plus fort, puisqu’elle a abaissé à -0,75% le taux d’intérêt prélevé sur les avoirs en comptes de virement – l’équivalent du taux de la facilité de dépôt de la BCE – au moment de la levée du cours plancher. Bien que nuancé par l’exonération d’un modeste montant (10 millions de francs) par titulaire, le prélèvement n’en est pas moins suffisamment douloureusement ressenti pour qu’un certain nombre d’institutions frappées caressent elles aussi l’idée de déposer une partie de leur cash dans des coffres. Et comme les banques ne rémunèrent plus les comptes de leurs clients quand elles ne les taxent pas d’une manière ou d’autre, les déposants se mettent eux aussi à mettre leurs espèces à l’abri, d’où l’essor des ventes de coffres-forts et l’augmentation inhabituelle du nombre de coupures de 1000 francs en circulation.

L’objectif de la BNS (réduire l’attractivité du franc) n’est pas le même que celui de la BCE (relancer l’activité), mais toutes deux doivent se résoudre à l’évidence : la politique monétaire n’est pas toute puissante. On ne peut pas «pousser sur la corde», comme disait je ne sais plus quel proverbe.

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