25/05/2016

De la Grande récession au grand embarras

Il est des signes qui ne trompent pas. Lorsque des entreprises cotées en bourse se proposent de racheter leurs propres actions, c’est peut-être, insinuent de mauvaises langues, pour en redresser les cours ou – ce qui revient à peu près au même – en améliorer les multiples cours-bénéfice. C’est en tout cas que ces entreprises ont perdu le goût d’entreprendre, et préfèrent se recroqueviller sur elles-mêmes en attendant des jours meilleurs plutôt qu’investir dans de nouveaux projets.


On ne fera pas l’injure aux Nestlé, Swiss Re, Sonova et autres Swatch Group de ne penser qu’à flatter l’actionnaire en recourant à cette forme d’ingéniérie financière au demeurant fort répandue dans le monde (les plus grandes capitalisations d’Europe comme d’outre-Atlantique y ont toutes eu recours à l’occasion). Mais force est d’admettre que le cas est devenu de plus en plus fréquent depuis que l’Occident industrialisé est passé de la Grande récession, mot-clé des années 2008 et suivantes, à ce qu’on pourrait qualifier désormais de grand embarras.

Embarras des grands argentiers, qui ne savent plus si le rééquilibrage des finances publiques – pour peu qu’il soit nécessaire, ce qui se discute – commande de réduire les dépenses plutôt que d’augmenter les impôts. Embarras des banquiers centraux, balançant entre crainte d’éveiller d’improbables tensions inflationnistes et souci de barrer la route à la déflation. Embarras, enfin, des opinions publiques, qui face aux mutations du monde moderne (la quatrième révolution industrielle, en langage numérique Industrie 4.0) qui les saisissent de peur, se réfugient les unes après les autres dans des choix électoraux annonciateurs de dérives presque aussi inquiétantes que celles des années trente.

La nature, y compris politique, ayant horreur du vide, ne le comble pas seulement de solutions miracles promises par les populismes d’extrême gauche comme d’extrême droite. Elle donne aussi naissance à des mouvements utopiques et à des idées plus ou moins farfelues. On votera dans ce pays en juin prochain pour ou contre la proposition d’un revenu de base universel qu’une grosse majorité (64%) d’Européens applaudiraient des deux mains mais que les Suisses rejetteront à plus des trois quarts, eux qui sont probablement le seul peuple au monde à accepter des hausses d’impôts et à refuser des baisses du temps de travail. Ils rejetteraient sans doute tout aussi catégoriquement, s’ils étaient consultés sur le sujet, l’idée d’une distribution directe de pouvoir d’achat à toute la population sous la forme dite de «monnaie hélicoptère», que pourtant de très rigoureux économistes et présidents de banques centrales commencent à envisager sérieusement en tant que solution de dernier recours si toutes les autres tentatives de relancer la conjoncture continuaient d’échouer lamentablement.

Car, elle, elle marcherait à coup sûr. Court-circuitant les entreprises trop frileuses et les banques non prêteuses, évitant le piège de la trappe de liquidité puisque distribuée à tous les ménages y compris les plus modestes qui consommeraient au lieu d’épargner, cette monnaie créée par la banque centrale sans contrepartie aucune serait, véritablement, un booster pour l’économie mondiale.

Mais pourquoi, n’est-ce pas, faire simple quand on peut faire compliqué.

07:22 Publié dans Air du temps, Capital, Croissance, Futur, gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

"une grosse majorité (64%) d’Européens applaudiraient des deux mains" sauf dans la région de Tchernobyl où ils applaudiraient des quatre. Juste en passant, vous avez déjà essayé d'applaudir d'une main ?

Écrit par : Géo | 25/05/2016

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