04/05/2016

BNS: pourquoi changer quand tout va bien (ou presque)

La Banque nationale suisse n’est pas la Banque centrale européenne, n’empêche qu’elle essuie depuis quelque temps le même genre de critiques. On lui reproche en gros de prendre ses décisions de manière indépendante, ce dont on se félicitait quand tout allait bien, mais qui ne va plus du tout lorsque la politique monétaire qu’elle a choisi de suivre heurte les intérêts de tel ou tel secteur de l’économie. Il conviendrait par exemple de flanquer son directoire de commissions d’experts, ou plus radicalement de le remplacer par un comité élargi, à l’image de celui de la BCE ou, mieux encore, de la Réserve fédérale américaine. On éviterait ainsi qu’un organe décisionnel de taille restreinte ne s’aventure sans boussole autre qu’une connaissance purement académique du terrain entre les écueils d’un monde financier de plus en plus complexe et imprévisible.


 

Il faut certes reconnaître que, de manière générale, la Suisse n’a pas à se plaindre. Sa performance économique n’est pas médiocre, puisque malgré un franc fort l’emploi se maintient à un haut niveau, comme au demeurant les salaires, incomparablement plus élevés qu’ailleurs, en termes nominaux sinon en pouvoir d’achat. De quoi se plaindre donc, et pourquoi demander des changements quand tout va bien.

Sauf que tout pourrait aller encore mieux, en considération non pas d’un parcours jusqu’ici sans faute ou presque, mais d’un avenir moins assuré. La pénalisation, sous forme de taux négatifs, frappant les avoirs à vue des banques auprès de la BNS n’a en principe pas pour fonction, comme c’est ailleurs le cas, d’inciter celles-ci à accroître leurs prêts aux entreprises, mais bien plutôt de décourager les entrées de capitaux et de favoriser leur reflux, afin d’alléger les pressions à la hausse du franc. Les résultats de la manœuvre sont mitigés : la BNS doit continuer d’intervenir sur le marché des changes, quoique moins souvent et moins massivement qu’auparavant, et sur le plan interne les banques commencent à relever leurs taux débiteurs, ce qui n’était pas le but, et à réduire leurs taux créditeurs, ce qui ne fait pas l’affaire des épargnants. Tous taux qui, il est vrai, demeurent extrêmement bas en comparaison de leurs trajectoires historiques, du fait non pas de la seule volonté de la BNS, mais d’un environnement général dépourvu d’inflation voire déflationniste. Or ces taux faibles ou nuls ne siéent guère aux systèmes de prévoyance basés sur la capitalisation comme le nôtre, sans inciter pour autant à une relance de la consommation et surtout de l’investissement qui permettrait d’en élargir l’assiette.

Il n’est donc pas totalement déplacé de réfléchir à une redéfinition du mandat de la banque centrale, et un peu rapide de rejeter comme hors sujet toute proposition de modification au motif qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Même s’il est vrai que la politique monétaire de la Suisse ne peut être au fond qu’une politique de change (à la différence de ce qu’il en est pour des espaces monétaires infiniment plus vastes tels que les Etats-Unis, l’Union européenne ou même le Japon, pour lesquels les conditions internes l’emportent de loin sur des considérations de change) et que, vu l’attraction exercée par le franc, la marge de manœuvre de la BNS en la matière est étroite pour ne pas dire nulle, on peut, néanmoins, rêver à d’autres manières de fonctionner.

Commentaires

En attendant la généralisation du Bitcoin ou de l'Ether, gardons notre billet de mille et tout sera pour le mieux dans le moins mauvais des mondes.

Écrit par : Pierre Jenni | 11/05/2016

La BNS, cette société anonyme auditée et commandée par une société d'audite américaine !!!

Une dose de FINMA, deux mesures de BNS et des directives en forme d'olive de PricewaterhouseCoopers et vous avez une monnaie qui achète à perte des centaines de milliards d'euros. Au lieu de perdre 60 milliards dans des opérations plus que douteuses, la Suisse aurait peut être pu investir dans son industrie !

Et la population, prise en sandwich devrait en plus sortir 18 milliards supplémentaires pour allouer des salaires automatiquement, entre la gauche et les néo-libéraux, la Suisse ne fait même plus rire !!!

Écrit par : Corto | 12/05/2016

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