13/04/2016

Genève, qui fait ta richesse?...

La prospérité genevoise repose sur des piliers à vrai dire moins fixes que flottants, en ceci qu’ils n’ont cessé de varier à travers le temps, portés par ce qu’on a pu appeler le hasard des circonstances. La banque, l’horlogerie, le négoce et le conseil juridique, ces quatre piliers d’aujourd’hui, ne l’ont pas toujours été : autrefois, c’étaient les foires et l’indiennerie, puis la Fabrique et l’imprimerie, et enfin la mécanique de précision (SIP, Tavaro, Charmilles) qui tour à tour dominèrent dans une Genève devenue internationale par le jeu d’influences extérieures.


Rien de tout cela n’a jamais été gravé dans le marbre. Le secret bancaire, qu’on prétendait inamovible, aura mis moins d’une décennie à disparaître, entraînant dans son effacement combien de banques qui ne vivaient en réalité que de lui. L’horlogerie se maintient certes grâce au luxe, mais doit batailler dur pour continuer de surclasser (jusqu’à quand ?) ses potentiels rivaux. Quant au négoce, il ferme ici ou là boutique, au gré des fluctuations de cours des matières premières et de l’attrait exercé par des places concurrentes (Londres, Singapour, Hong Kong…). Enfin, les études d’avocats occupées à la confection de trusts et à la domiciliation de boîtes aux lettres au Panama commencent à considérer leur avenir avec moins d’assurance que celles, plus raisonnables mais hélas moins nombreuses, spécialisées dans le détricotage de contentieux et l’arbitrage international.

Bref, ces piliers-là deviennent dangereusement flottants, et l’on ne voit pas encore très bien ce qui pourra le moment venu les remplacer. La biologie et les sciences de la vie sont économiquement parlant encore balbutiantes et plutôt localisées en terre vaudoise. L’informatique bancaire demeure un produit de niche, et le CERN qui pourtant regorge de technologies gratuitement accessibles à tous demeure inexplicablement ignoré des entreprises locales.

Ne restent – caricaturons un peu – pour perpétuer le niveau de vie cantonal, qu’un secteur public solidement campé dans le paysage (il représente à lui seul près du quart du produit intérieur brut genevois) mais fournisseur de prestations à la population difficilement exportables, et un secteur international d’OG et d’ONG certes dépensières mais fiscalement peu intéressantes. De quoi donc vivre demain ?

Genève, encore une fois, a toujours su rebondir, et on ne voit pas pourquoi il ne continuerait pas d’en aller ainsi. On pourrait cependant faciliter les choses en lui gardant quelques biscuits pour la route. En instaurant par exemple, n’en déplaise aux opposants à la RIE III, des barèmes d’imposition suffisamment bas pour attirer d’autres entreprises ou en tout cas retenir celles qui caresseraient l’idée de partir. Ou encore, en produisant suffisamment de logements que de bons contribuables auraient le droit d’acheter, eux qui sont aujourd’hui contraints de demeurer locataires d’appartements qu’on pourrait mettre à disposition de plus mal lotis. Voire, mais ce serait une tout autre histoire, en aménageant horaires, circulations, écoles, musées et autres institutions culturelles de manière à rendre nettement plus attrayant ce coin de territoire de plus en plus souvent mal noté par des observateurs étrangers car trop rigidement organisé et trop cher pour ce qu’il a à offrir. Il est permis de rêver…

07:30 Publié dans Air du temps, Banques, Concurrence, Croissance, Démocratie, Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

"en aménageant horaires, circulations, écoles"
Pour ce qui est des écoles, serait-il possible d'aménager l'enseignement des mathématiques (ou de la mathématique pour les puristes) de telle sorte que nos élèves, au Cycle d'abord, au Collège ensuite, ne "coulent" pas en grand nombre devant le nombre de disciplines enseignées ?
Cela me semblerait d'autant plus important qu'ils sont concurrencés aujourd'hui dans leurs futures études, ou leurs recherches d'emploi, par de très nombreux porteurs d'un bac français (ou international) qui n'ont pas eu à surmonter, en plus du grand nombre de disciplines de la mate suisse, l'obstacle de l'allemand en plus de cette autre discipline souvent éliminatoire que représentent les mathématiques.

Écrit par : Mère-Grand | 17/04/2016

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