31/03/2016

Vers la fin des (trop) grandes banques ?

Depuis bien avant la crise de 2008, et même depuis les années 1980 aux Etats-Unis où une douzaine d’entre elles étaient déjà considérées comme telles, les banques dites «too big to fail» («trop grosses pour faire faillite») représentent un vrai casse tête pour les autorités chargées de veiller autant que faire se peut à la stabilité du système financier.


 

On a beau multiplier les contraintes de tous ordres imposées à ces trop grandes banques, les enjoindre de relever leur ratio de levier, augmenter leurs fonds propres, ou encore rédiger leurs dernières volontés dans ces sortes de «testaments bancaires» («living wills») par lesquels elles organiseraient leur propre démantèlement en cas de besoin, le risque majeur qu’elles représentent pour l’ensemble de l’économie continue de hanter les esprits des régulateurs.

Car comme le répète à l’envi l’un des plus déterminés d’entre eux, le patron de la Banque fédérale de réserve de Minneapolis et ex candidat malheureux à l’élection au gouvernorat de Californie, le républicain Neel Kashkari, on a eu beau imaginer tous les scénarios possibles, aucune autorité ne sera jamais capable de prévoir la prochaine crise, et dans un environnement économique et financier aussi fragile que celui que nous connaissons aujourd’hui, aucune ne se hasarderait à laisser choir une grande banque.

Par conséquent en conclut Kashkari, face à un risque pareil – si on ose l’analogie – à celui de la fusion d’un cœur de réacteur, il faudra bien en venir à réduire les grandes banques en entités de plus modestes dimensions, déconnectées les uns des autres, et soumettre les plus importantes d’entre elles à des règles prudentielles aussi sévères que celles imposées aux centrales nucléaires.

Le banquier, qui a travaillé chez Goldman Sachs et épaulé le secrétaire du Trésor Henry Paulson au plus fort de la crise des subprime, sait de quoi il parle. Les règles d’ores et déjà mises en place et continuellement renforcées aux Etats-Unis comme ailleurs n’ont pas, constate-t-il, empêché les plus grandes banques de manœuvrer de manière à retrouver, voire dépasser, leur taille d’avant la crise. Or quelque intelligentes qu’elles puissent être, rien ne permet d’exclure qu’elles commettent à nouveau des erreurs, et il est désormais grand temps de passer outre les objections que les lobbies bancaires s’emploient à développer pour faire barrage à tout resserrement supplémentaire de la réglementation.

Ce qui vaut pour les banques américaines vaut aussi, cela va sans dire, pour les grandes banques européennes y compris les nôtres qui, proportionnellement au produit intérieur brut de la Suisse et à la taille de son secteur bancaire et financier, continuent de présenter un risque élevé en comparaison internationale. On ne peut donc exclure qu’un Kashkari (par ailleurs membre du Federal Open Market Committee) réussisse peu à peu à entraîner dans sa croisade contre le gigantisme bancaire les onze autres banques régionales de réserve, voire le conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale soi-même, qui comme on sait donne le la à l’ensemble de la gouvernance bancaire mondiale.

Il ne resterait plus alors à la Suisse, Finma et BNS en tête, qu’à organiser dans le bon ordre le rapetissement d’UBS et CS Group. Dont les dirigeants, comme on l’aura remarqué, ont déjà commencé à réduire la taille, en renonçant à certaines activités et en annonçant des réductions d’effectifs d’une ampleur inédite dans l’histoire bancaire helvétique.

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07:59 Publié dans Banques, Banques centrales, Croissance, Finances | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

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