16/03/2016

L’initiative qui voudrait mettre la banque au pas

Puisqu’on ne quitte plus les questions monétaires, voici, au menu de prochaines votations (2017 ?), l’initiative dite «monnaie pleine» qui a abouti mais que le Conseil fédéral propose de rejeter sans contre-projet.

Pourtant l’idée n’est pas si farfelue que cela. Contrairement aux niaiseries qu’on a pu lire ici où là, la «monnaie pleine» ne résulte d’aucun délire, mais prend ses références aux meilleures sources, chez de grands économistes américains (Simmons, Fisher) préoccupés à l’époque (les années 30) par le rôle déclencheur du crédit bancaire dans des crises d’une extraordinaire gravité.


Comme on l’a mieux compris à leur suite, le système bancaire n’est pas un simple intermédiaire entre l’épargne disponible et les possibilités d’investissement. Les banques ont bien plus la faculté de créer de la monnaie d’un simple trait de plume. Pour accorder un crédit en effet, la banque X n’a pas besoin de puiser dans quelque réserve de monnaie qu’elle aurait préalablement constituée; il lui suffit pour cela d’ouvrir dans ses livres, d’un côté, le montant Y qu’elle accepte de prêter au client Z, et de l’autre, le même montant Y qu’elle reconnaît identiquement lui devoir. Cette double écriture, d’une créance à l’actif et d’une dette au passif de son bilan, crée ce qu’on appelle de la monnaie endogène, par opposition à la monnaie dite légale sous forme de billets et de pièces créée à l’extérieur du système bancaire par l’Etat ou plus précisément la banque centrale.

Il s’agit pour les banques d’un privilège exorbitant, puisqu’elles seules, parmi tous les acteurs de la scène économique, ont la faculté de créer instantanément du pouvoir d’achat, respectivement d’en détruire tout aussi soudainement s’il leur prend de ne plus vouloir accorder des prêts. C’est précisément ce quasi libre arbitre bancaire de faire ou ne pas faire crédit qui serait à l’origine des crises économiques et financières, puisque sans les amples fluctuations du crédit, sans les montagnes de dettes et de créances qui en découlent au gré de l’humeur des banquiers et des financiers, la vie économique se déroulerait de manière beaucoup plus tranquille.

D’où la proposition des auteurs de ce qu’on a appelé le «plan de Chicago» de séparer complètement les fonctions monétaires et de crédit en exigeant 1° que les dépôts soient couverts à 100% par de la monnaie légale, et 2° que les nouveaux crédits soient exclusivement financés par des capitaux propres ou empruntés, et non par des dépôts créés ex nihilo par les banques. Il en résulterait une série d’avantages impressionnants, allant de la disparition complète des paniques bancaires à la réduction progressive et sans douleur de la dette publique.

Le plan n’a jamais été appliqué et pour cause. D’abord, politiciens et juristes manquent de l’imagination et de l’audace qu’il faudrait pour accepter de reconsidérer de fond en comble l’ordre existant, fût-ce de manière à en faire naître un meilleur. Ensuite et surtout, le monde bancaire s’est toujours battu férocement pour préserver cette sorte de monopole naturel de la création de monnaie qu’il s’est arrogé, et bénéficier du quasi seigneuriage qui en découle, puisque l’octroi de crédits ne s’accompagne pour lui d’aucun coût de production à proprement parler.

On en restera donc là, et l’initiative MoMo rejoindra le placard des idées trop belles pour être vraies.

07:37 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Si cela peut rassurer les banques ,elles ne sont pas les seules visées par des gens qui n'ont que les statistiques et des sondages pour lesquels beaucoup de citoyens n'ont jamais répondu puisque harcelés téléphoniquement ils ne répondent plus qu'aux gens connus de longue date
Ce qui démontre les avantages du numérique qui permet de sélectionner justement ceux qui pensaient sans doute pouvoir mieux piéger grâce aux nouvelles technologies ,on ne fait jamais d'omelettes sans casser des œufs
Très belle journée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 16/03/2016

J'apprécie beaucoup votre analyse et vous en remercie.
Ce qui est grave, c'est que ces idées ne sont pas trop belles mais trop pleines de bon sens pour que le monde actuel les regarde en face.
A l'heure où tout se joue sur quelques paramètres via quelques clics de souris, on en perd la vue d'ensemble et la complexité de la réalité.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 16/03/2016

Les commentaires sont fermés.