09/03/2016

Picciotto, Hayek ... De quelques réussites à la hussarde

Il faut parfois être un peu tordu – ou en tout cas, et contrairement à l’adage, ne pas ménager sa monture – pour réussir en affaires. Deux trajectoires absolument remarquables, que l’on a pu suivre dès les origines pour l’une, à partir du tournant horloger des années 70-80 pour l’autre, en apportent l’éclatante démonstration.


La première, genevoise, a hissé en à peine une génération et sous plusieurs raisons sociales successives la modeste Compagnie de Banque et d’Investissements des débuts (1969) aux premières loges de la banque privée helvétique, place que chacun reconnaît à présent à celle qui est devenue l’Union Bancaire Privée. Il aura fallu en effet pas mal de culot à Edgardo de Picciotto pour faire basculer dans le giron de sa minuscule CBI initialement logée au cours des Bastions le mastodonte Trade Development Bank de son ami et concurrent de toujours Edmond Safra, peu après que celui-ci l’eut vendue à l’American Express qui en fit l’éphémère TDB-American Express Bank.

Après quoi ce fut le tour de la Discount Bank and Trust rachetée à la famille Recanati en 2002, suivie de l’absorption de la filiale suisse d’ABN Amro, des activités de gestion privée internationale de Lloyds, de celles de Coutts, etc. On allait presque en oublier les toutes premières acquisitions de notre hussard local: la Banque du Rhône et de la Tamise en 1984, Morgan Grenfell Securities en 1989.

Longtemps tenus à l’écart des cercles très privés et même institutionnels de la haute finance genevoise, les Picciotto, Edgar et son fils Guy qui lui a succédé, en sont désormais membres d’office, et le siège de leur groupe, un temps installé aux Eaux-Vives au square de la Buanderie (adresse à laquelle on préféra rapidement celle de place Camoletti), occupe aujourd’hui le majestueux bâtiment de l’ex TDB à la rue du Rhône.

L’horlogerie quant à elle, réussite genevoise s’il en est dans le secteur du luxe, n’est pas exactement celle dont il va être question ici. Ce qui amène le sujet sur la table, ce sont les récentes déclarations de l’ancien patron de l’ASUAG, Peter Renggli, à propos du rôle joué par Nicolas Hayek lors du sauvetage de l’industrie horlogère suisse, menacée de disparition après l’effondrement des exportations de montres et de mouvements consécutif à l’envolée (déjà !) du franc en 1978 (+30% entre janvier et octobre par rapport au dollar !) et à la concurrence asiatique dans le secteur de la montre à quartz.

Consultant des grandes banques SBS et UBS, qui cherchaient alors par tous les moyens à sauver la SSIH (et en particulier son fleuron Omega, au bord de la faillite) en la fusionnant avec l’ASUAG, Nicolas Hayek aurait selon Renggli tiré parti de la sous-estimation grossière de la valeur de cette dernière pour rafler la mise et donner naissance à très bon compte à ce qui allait devenir, au-delà de la SMH, le Swatch Group.

Si personne, à commencer par Renggli lui-même, ne conteste l’extraordinaire réussite du groupe tel que les Hayek l’ont bâtit depuis lors, plusieurs acteurs clé de l’opération, tels qu’Ernest Thomke, le vrai «père» de la Swatch avec Elmar Mock et Jacques Muller côté industrie, et Peter Gross, aujourd’hui disparu, côté UBS, apparaissent avec le recul et la (re)découverte d’archives comme les authentiques sauveurs de l’horlogerie.

Tout cela est de l’histoire ancienne et seuls, en définitive, les résultats comptent. Mais il est parfois intéressant – et utile – de remonter aux sources.

07:14 Publié dans Air du temps, Banques suisses, Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

Commentaires

L'affaire Hayek rappelle quand même fortement la manière dont Christoph Blocher s'est emparé d'EMS Chemie, où il avait été engagé à la fin de ses études, pour seconder le patron et propriétaire, gravement malade. Loin de remonter la société, son activité l'a laissé péricliter et, après le décès du propriétaire, M. Oswald, il a été chargé par sa veuve de vendre l'entreprise. Ce qui fut fait pour une bouchée de pain. Ce n'est que chez le notaire, au moment de signer l'acte final, que la veuve a appris qui était l'acquéreur... Christoph Blocher lui-même, qui avait obtenu un prêt pour ce faire. Trop tard pour reculer, l'affaire fut vendue. Et aussitôt, repris du poil de la bête, avec le succès qu'on connait...

Écrit par : admirateur anonyme | 09/03/2016

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