24/02/2016

La pénurie de logements, cela se soigne

Il y a quelque chose de difficilement compréhensible dans l’obstination avec laquelle les milieux se portant défenseurs des intérêts des locataires reviennent à la charge sous forme d’initiatives visant à encourager l’offre de logements à bas loyers tout en freinant celle de logements destinés à la vente. On devrait pourtant, dans ces rangs-là aussi, réaliser que la première dépend organiquement de la seconde, puisque c’est la marge, importante, dégagée par les ventes d’appartements en PPE qui permet d’équilibrer les plans financiers des HLM et autres LUP. C’est donc – sauf à considérer qu’ils n’ont rien compris au fonctionnement du marché immobilier – que lesdits milieux cherchent en réalité à dissuader les promoteurs privés de construire de nouveaux logements pour leur substituer la main publique, comme on dit en bon allemand.


L’Etat, en effet, peut jusqu’à un certain point s’affranchir des mécanismes économiques et ramer à contre-courant au nom d’un intérêt supérieur, en se fixant en l’occurrence pour but de mettre à disposition des ménages à revenus modestes des logements à loyers abordables. Mais il faut pour cela qu’il en ait les moyens et qu’il réussisse, ce qui ne va pas de soi, à allouer cette ressource rare (des logements bon marché) selon des critères autres que le prix, donc par nature arbitraires.

Le but est probablement hors d’atteinte, compte tenu des circonstances prévalant à Genève en tout cas. Car outre une contrainte financière qui n’est pas mince (un déficit budgétaire structurel, une dette considérable), il y a l’exiguïté du territoire, la poursuite d’objectifs contradictoires (l’intangibilité de la zone verte, le refus de la densification, etc.), les avis discordants d’une multitude de commissions consultatives, une législation sans cesse plus touffue, l’égoïsme de tous, et j’en passe.

Genève n’est pas seule à lutter contre cette sorte de pression immobilière que connaissent les grandes villes et qui aboutit l’exclusion de couches de population toujours plus nombreuses rejetées à la périphérie. Mais il n’est pas certain que la limitation de l’accès à la propriété par le truchement d’un encouragement systématique à l’habitat social soit la meilleure réponse au phénomène. On omet par exemple de considérer qu’il suffirait de satisfaire ne serait-ce que partiellement la demande, de plus en plus forte, d’appartements en PPE pour débloquer une bonne partie du parc locatif et introduire par ce biais indirect un minimum de fluidité dans un secteur qui en est singulièrement dépourvu. Pour rappel, le taux de vacance est ici inférieur à 0,5% (0,41% au 1er juin dernier), alors qu’il devrait être d’au moins 1,5% pour que l’on puisse parler d’équilibre – d’équilibre entre l’offre et la demande, condition nécessaire pour assurer une stabilisation du niveau des loyers. Situation trop belle pour durer, qui n’a que brièvement été constatée dans le canton, entre 1994 et 1999, année pour laquelle, comme par hasard, on a noté la plus faible hausse des loyers (+0,5%).

On n’ira pas jusqu’à prétendre que la pénurie soit volontairement entretenue. Mais on se prendrait presque, parfois, à le penser.

12:08 Publié dans Immobilier | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |

Commentaires

Merci de votre lucidité.
Il est en effet établi que la gauche règne sur le politique genevois au travers de la crise du logement (pas assez de logements) et le pourcentage anormalement élevé de locataires (83% dont une partie très importante vote à gauche).
Le salut viendra de l'augmentation du nombre de propriétaires en proportion.
Et cela explique l'opposition farouche de la gauche à la possibilité d'acquérir son logement par le locataire en place, ce qu'autorise la loi LDTR 5-20 11408, votée au Grand Conseil le 13 novembre 2015, par une très forte majorité.
La gauche craignant une érosion de son électorat, a lancé un référendum, au détriment manifeste de l'intérêt de ceux qu'elle prétend défendre.

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 24/02/2016

C'est toujours merveilleux de voir les tenant du libre-marché appliquer leur dogme récurrent : quand un marché ne fonctionne pas de manière correcte, c'est qu'il faut plus libéraliser !

Alors que pour le marché du logement des solutions existent, qui consistent en une reprise en main du foncier par l'Etat pour en confier la gestion aux coopératives immobilière, cela afin de créer un marché paralèlle non-spéculatif et à l'accès ne dependant pas des ressources financières, le logement étant un bien de première nécessité - un bien public - c'est tant mieux.

Écrit par : El Captain | 25/02/2016

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