16/02/2016

La complainte des géants bancaires

Par les temps qui courent, on entend et lit beaucoup de choses sur les raisons de la déroute des grandes banques européennes. Il y a de quoi : en à peine un an, leur valeur en bourse, reflet de leur rentabilité, s’est réduite d’un bon quart. Comment se fait-il, alors qu’hier encore elles semblaient dominer la scène économique mondiale ou paraissaient en tout cas aspirer à y parvenir, qu’elles déploient à présent toute leur énergie les unes pour simplement survivre, les autres pour tenter de mieux s’armer face à la concurrence de nouveaux acteurs – ceux du «shadow banking» notamment ­– et répondre à une réglementation devenue beaucoup plus tatillonne ?


La première raison, qu’on oublie trop souvent, est que les grandes banques, présentes dans tous les segments de la vie économique, en épousent par définition les tourments conjoncturels, de la même manière que les principaux gestionnaires d’actifs au monde (les Blackrock et autres Fidelity du genre) ne font ni mieux ni moins bien que l’ensemble des marchés financiers dont ils finissent par être la copie conforme. Pour réussir à se découpler de la tendance générale, il faut et il suffit de se cantonner à une activité de niche (en ayant évidemment la chance de tomber sur la bonne), ou se limiter à un espace géographique donné (celui qui, par chance là encore, échapperait comme la Suisse à la morosité ambiante). C’est ainsi que des banques régionales ou cantonales font en ce moment mieux qu’UBS ou Credit Suisse, et que la BCZ a même réussi à dégager en 2015 un résultat en hausse de plus de 11% sur celui de l’année précédente.

Mais la taille n’explique pas tout. Les géants américains, plus vite et davantage recapitalisés que les groupes bancaires européens, s’en tirent un peu mieux qu’eux. UBS affiche des performances nettement meilleures que Credit Suisse, qui pourtant l’a presque rejointe en termes de taille de bilan, et HSBC malgré ses multiples déboires fait mieux que Barclays. Il y a donc des choix stratégiques meilleurs que d’autres, nonobstant des terreaux nationaux moins fertiles en comparaison, faute de quoi il demeurerait incompréhensible que BNP Paribas engrange des bénéfices là où Deutsche Bank continue de perdre de l’argent par tous les pores.

Enfin et surtout, il y a que, au-delà d’une croissance molle, de taux d’intérêt négatifs, de contraintes réglementaires pesantes et d’un cours du brut faisant vaciller la qualité des débiteurs pétroliers, les banques, grandes comme petites, font face à l’incommensurable défi posé par des évolutions technologiques qui remettent en cause le cœur même de leurs métiers. Pour dire les choses clairement quoique en exagérant un peu, il n’est pas certain qu’il y ait encore besoin de banques demain. Les rentes de situation dont elles vivent aujourd’hui par le truchement de législations qui les protègent commencent déjà à s’éroder avec la multiplication des fintech et autres phénomènes d’uberisation. Pourquoi l’éclatement des structures traditionnelles qu’on observe un peu partout dans le reste de l’économie ne se manifesterait-il pas aussi dans les métiers de l’intermédiation financière?

Observons donc attentivement les consignes que les grands patrons bancaires donnent à leurs troupes. Elles indiquent à coup sûr de quoi demain sera fait. A moins, évidemment, qu’ils se trompent.

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Commentaires

Voici un article qui résume assez bien de quoi demain sera fait.
Certes les "grands" de ce monde vont tenter de phagocyter l'essence de la révolution en marche et devenir, dans un premier temps, les ultimes intermédiaires nétarchiques. Mais ce ne sera qu'un court répit car le 1% de Stiglitz ne pourra pas résister au ras de marée des 99 autres.
http://www.letemps.ch/societe/2016/02/14/blockchain-chaine-libere?utm_source=mail

Écrit par : Pierre Jenni | 18/02/2016

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