02/02/2016

Surprise, l’euro remonte!

L’ascension n’est pas fulgurante, mais elle en aura surpris plus d’un. Alors que l’euro s’échangeait encore contre 1,0835 franc le 5 janvier, son cours moyen frisait 1,11 franc vendredi à la mi-journée. Voilà trois petits centimes qui ne sont pas grand-chose dans le porte-monnaie, mais 2 à 3% de hausse en moins d’un mois changent la donne pour les cambistes et amènent à s’interroger sur ce qui a pu soudain débloquer une situation face à laquelle la Banque nationale suisse, ayant épuisé son stock de moyens, en semblait désormais totalement dépourvue. Que s’est-il donc passé?


On peut avancer quelques hypothèses. L’argument officiel, sinon le plus plausible, est que les intérêts négatifs, portés à –0,75% depuis l’abandon du cours plancher, ont finalement eu raison du marché. Reste qu’on ne comprend pas très bien pourquoi il aurait fallu pour cela attendre presque un an, et l’on ne voit toujours pas, dans ce cas, ce qui aurait pu tout d’un coup déclencher l’effet attendu.

Une seconde hypothèse veut que la BNS, pour des raisons qui lui sont propres et qu’elle n’entend pas dévoiler, aurait jugé le moment opportun pour reprendre ses achats d’euros à hautes doses. Mais là encore, il resterait à expliquer ce qui aurait pu motiver une aussi soudaine détermination. La crainte, peut-être, que la généralisation de la pratique des intérêts négatifs – la Banque du Japon vient à son tour de s’y mettre – réduise le différentiel que les intérêts à –0,75% ont ménagé jusqu’ici à l’autorité monétaire helvétique (les intérêts négatifs en zone euro ne sont qu’à –0,30%)?

Ou encore, variante de l’hypothèse précédente, que la Réserve fédérale américaine, inquiétée par le ralentissement conjoncturel qui semble à nouveau se manifester aux Etats-Unis, repousse à passablement plus tard le second relèvement de ses taux directeurs que tout le monde attendait, et déjoue ainsi l’un des principaux motifs pour lesquels les porteurs de capitaux internationaux auraient encore davantage privilégié les placements en dollars?

Mais il se peut aussi que l’affaiblissement du franc, qui n’est pas la contrepartie d’un renforcement de l’euro mais s’observe également par rapport au dollar, résulte de la piètre performance du marché boursier helvétique et des placements en francs en général.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les gestionnaires d’actifs sont de plus en plus nombreux à privilégier les actions européennes ou à continuer d’acheter des titres à Wall Street malgré leurs multiples très élevés quand ils ne demeurent pas fidèles, par réflexe conditionné, aux obligations du Trésor américain.

Il y aurait pour finir, mais cela reste à vérifier, le début d’une esquisse de cercle vertueux: après s’être stabilisé puis avoir fait mine, en gros depuis juillet 2015, d’enfin céder du terrain, le franc, qui ne serait plus l’unique valeur refuge, redeviendrait la monnaie dans laquelle on s’endette plutôt qu’on investisse. Au demeurant, la Suisse a beaucoup fait pour décourager l’argent étranger et il ne serait pas absurde d’imaginer qu’elle y ait, au moins temporairement, réussi.

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